Quelques réflexions sur la notion de « blasphème »

Quelques réflexions sur la notion de « blasphème »

La Bible et la question du blasphème : le "blasphémateur" n’est souvent pas celui que l’on croit.

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Publié le 27 janvier 2015

Auteur : Jérôme Cottin

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Les médias contemporains s’emparent souvent de la dénonciation de « blasphème », qu’ils contribuent à véhiculer, Quand une œuvre d’art, un dessin, une publicité, choque ou dérange, elle est rapidement qualifiée de « blasphème », ou de « blasphématoire ». Ce mot a une connotation religieuse évidente, et place d’emblée le dénonciateur (souvent lié à des mouvements religieux extrémistes) du côté de Dieu, croit-il. Il peut être à ce propos intéressant de rappeler que la Bible, en particulier le Nouveau Testament, a rendu caduque la notion de blasphème (Jésus est mort comme blasphémateur), et la retournée contre elle-même : le « blasphémateur », si tant est que cette notion ait une pertinence, n’est en général pas celui qui est dénoncé comme tel, mais le dénonciateur lui-même.

Un mot imprécis, aux connotations floues

La notion de blasphème est aussi subjective qu’imprécise, comme en témoigne cette double définition du Petit Robert : « Parole qui outrage la divinité, la religion » ; « Propos déplacé et outrageant pour une personne ou une chose considérés comme quasi sacrés ». Tout essai de comprendre cette notion de blasphème nécessiterait de faire un long détour par ces concepts fort vagues de « divinité », de « religion », de « quasi-sacré », ce qui aurait tôt fait de rendre le mot « blasphème » problématique et suspect : l’objet même de notre investigation s’évanouirait au fur et à mesure que l’on croirait pouvoir l’approcher.

On peut toutefois dire ceci, sans guère de risque de se tromper : celui qui blasphème, c’est toujours l’autre ; ses propos ou ses expressions sont jugés par rapport à un système de représentations qui n’est partagé que par des personnes se référant aux mêmes valeurs que le dénonciateur, mais qui sont arbitrairement posées comme universelles. L’accusation de blasphème devient alors un argument facile contribuant à stigmatiser l’autre, à refuser la différence culturelle ou la pluralité religieuse. Elle témoigne d’une première violence, celle qui consiste à postuler que tous doivent penser, croire ou agir de la même manière. Mais elle témoigne d’autres violences encore. Car l’accusation de blasphème peut être non seulement une manière de refuser l’autre, mais aussi de refuser Dieu ou des valeurs humaines idéales, comme la justice, la paix, la solidarité.

On pourrait alors fort bien aboutir à une inversion des situations : le « blasphémateur » serait le témoin d’une vérité transcendante, d’une parole authentique sur Dieu ou sur l’Humain, tandis que ses accusateurs seraient les vrais « blasphémateurs ». En donnant à leurs critères des valeurs universelles, ils substitueraient leur ego et la petitesse de leurs pensées à Dieu, ou aux valeurs supérieures qu’ils prétendent défendre. En posant d’emblée leurs idées comme normatives, ils exercent une violence symbolique contre l’humanité et contre le Dieu qu’ils prétendent défendre. […]

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