Renaître de ses cendres version 2.0

Renaître de ses cendres version 2.0

L’Éternité n’est plus ce qu’elle était… Si l’on ressent le besoin aujourd’hui de personnaliser de plus en plus les adieux à nos proches, le devenir de leur corps – et leur souvenir, prennent des formes parfois inattendues.

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Publié le 1 novembre 2016

Auteur : Laurence Roux-Fouillet

En France, le recours à la crémation après les obsèques est une tendance croissante : près d’un enterrement sur trois (et plus d’un sur deux en zone urbaine) se conclut par une crémation. Le tabou sur ce sujet a sauté depuis bien longtemps. Parfois, la crémation est même le seul rituel qui entoure les adieux. La famille sidérée, perdue, parfois mal à l’aise avec la religion de son défunt – surtout si elle est elle-même peu pratiquante, préfère de plus en plus ces funérailles laïques en lieu et place des traditionnels rituels religieux. Les professionnels des pompes funèbres font office de ministre du culte, proposant fleurs à jeter, mots à griffonner et autres lectures philosophiques ou chants profanes pour honorer la mémoire de l’absent.

Depuis la loi de 2008, on ne peut plus conserver une urne funéraire chez soi, ni répandre les cendres d’un défunt en pleine nature – ni même les partager entre « héritiers ». On se souvient avec horreur de Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones, qui avait avoué avoir « sniffé » les cendres de son père…
Les cendres doivent être dispersées dans un jardin du souvenir, ou l’urne déposée dans un columbarium – des espaces désormais familiers dans les cimetières. Si l’on peut disserter à l’infini sur le devenir de l’âme, celle du corps – ou de ce qu’il en reste – laisse perplexe. Beaucoup de personnes émettent de leur vivant le souhait d’être incinérées pour soulager leurs proches de ce choix, et pour leur éviter l’entretien ad vitam aeternam d’une sépulture, avec l’obligation de s’y rendre de surcroît. La motivation est, certes, financière mais elle peut être philosophique (repartir vers le néant), ou… écologique.

C’est dans cette optique de recyclage des cendres que plusieurs sociétés ont imaginé une étrange destination aux derniers vestiges de notre corps.
Avec seulement 500 gramme des cendres de votre cher disparu, un passage dans une étrange machine qui monte à 1500° et 60 000 bars de pression, la société suisse Algordanza vous rend… un diamant. En ayant extrait le carbone des cendres, soumis ensuite à de fortes pressions, vous obtenez le brillant du poids de votre choix. Il en coûte plusieurs milliers d’euros selon le carat pour porter votre grand-mère ou votre époux autour du cou ou à votre doigt, et faire en sorte que son souvenir brille à jamais.
D’autres sociétés, comme Bios, ont fait le choix de considérer les urnes comme des pots de fleurs potentiels, pour y faire pousser des arbres. Les urnes qui recueillent les cendres sont biodégradables, et on y ajoute quelques graines ou la pousse de son choix. Plantée en pleine nature (avec une simple autorisation de la mairie) on peut devenir un pin ou un érable pour environ 100 €. Et c’est reparti pour quelques siècles de sérénité…

Si la nature ou la joaillerie ne vous tentent pas, vous avez encore la possibilité de passer l’éternité dans un serveur.
Les sites dédiés à la mémoire des défunts fleurissent. Ces cimetières virtuels* offrent des espaces du souvenir qu’il est possible de personnaliser : photos du disparu, témoignages, hommages, blog… Les proches peuvent déposer des condoléances pour la famille mais aussi des chrysanthèmes virtuels, des citations, des poèmes… La mémoire de l’absent reste présente, pour longtemps; elle est visible par tous. Le cimetière virtuel, un réseau social comme un autre…

Mais il s’avère que le plus grand cimetière virtuel actuel est… Facebook.
Les profils de ceux qui ne sont plus là y demeurent encore longtemps. Car si la famille ne supprime pas le profil, il peut rester en ligne presque indéfiniment. Pensez à indiquer dans votre testament vos identifiants, ça peut toujours servir ! Il est de plus en plus fréquent de recevoir des notifications d’anniversaire d’un ami disparu, ce qui laisse une étrange impression. C’est ce qui m’est arrivé il y a quatre ans, après le décès brutal d’un ami proche. Personne n’ayant « récupéré » son profil, ce sont désormais ses « amis » qui l’animent d’un message de temps à autre, essentiellement le jour anniversaire de sa naissance, et celui de son décès… Nous sommes sans doute plusieurs à penser que cela nous relie encore à lui. C’est une consolation comme une autre.
Car à n’en pas douter, le « big data » conservera indéfiniment notre trace, en faisant tourner dans ses serveurs nos données personnelles, converties en une suite de 0 et 1 – alors que dans quatre générations, les membres de notre propre famille nous auront oublié.
Un pasteur avec lequel j’évoquais la mort – et le souvenir – me fit un jour cette remarque : « Dieu, c’est la certitude que j’existerai toujours pour quelqu’un, y compris après ma mort ». A travers cette image, je crus comprendre que c’était un peu comme si on allait rejoindre une grande banque de données dans laquelle tout le monde était là, pour toujours. Une sorte de super serveur qui serait – pourquoi pas – dans les nuages…
Alors que j’étais, perplexe, plongée dans mes réflexions, il ajouta : « Comment appelez-vous cela d’ailleurs ? Le cloud ? ».

* voir : paradisblanc.com, memoiresdevie.com, celesteo.com…

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