Dieu et le rap

Dès les origines, le rap a puisé la puissance de ses textes dans la révolte de ceux qui se sentaient marginalisés et discriminés. En réaction aux dérives commerciales du mouvement, des auteurs affichent aujourd’hui leur foi.

Un contenu proposé par Ensemble - Sud-Ouest

Publié le 13 décembre 2016

Rebelle et anticonformiste, inspiré par celui des ghettos nord-américains, le rap français s’est développé dans les zones urbaines défavorisées. Ce courant musical traine une réputation sulfureuse, aux accents verbaux violents et aux artistes peu recommandables. Il s’est laissé peu à peu gagner par une logique plus commerciale. Il privilégie désormais des refrains plus sympathiques mettant en scène des bagarres, des délits, des grosses fiestas, avec des filles à moitié nues et des billets partout sur les tables.

Une réaction ?

 Le rap qui n’est pas sans influence laisse une place marquée à la religion. Certains rappeurs ne font plus mystère de leur appartenance religieuse (tel Booba), d’autres restent plus discrets. Abd Al Malik, auteur du livre Qu’Allah bénisse la France ! a écrit : « En tant qu’artiste, je parle de ma spiritualité, d’une vérité chérie, surtout pas oppressante ». On peut donc s’intéresser au lien que les artistes entretiennent avec la cause divine à travers leurs paroles. Allah (les fils d’immigrés, présents en nombre dans l’univers rap, ont grandi avec l’Islam) ou Dieu est pris à témoin devant le monde injuste dans lequel cherche à survivre le rappeur. Le plus souvent, l’évocation de Dieu sert à marteler certaines valeurs morales ou à justifier l’attitude belliqueuse de celui ou celle qui souffre de frustrations et de rancoeurs. En France, évoquer Allah ou son appartenance à la religion participerait par contre d’un effort pour se distinguer d’un rap purement commercial et débauché. Certains labels ou distributeurs de marque hip-hop se sont d’ailleurs convertis à un langage plus communautaire, ainsi Ness & Cité au Havre, dont le label porte le nom : Din, de l’arabe « religion ». Pour les artistes, c’est en même temps une manière d’assumer la culture et une part de l’identité de leurs parents. Il y a enfin, ceux que la quête spirituelle habite et qui témoignent : « Athée, j’ai mué pour devenir un ultra mystique / un métèque de confession islamique / j’ai embrassé le chemin droit et délaissé les slaloms », écrit Kerry James, haïtien d’origine (in « 28 décembre 1977 », Si c’était à refaire, dits. WEA, 2001).

Une déification ? 

 Dans l’histoire humaine, Dieu a été utilisé pour justifier l’homme et ses rêves démesurés de réussite et de gloire. Le dernier album de Kanye West (rappeur américain) le traduit bien. Son nouvel album intitulé Yeezus et son morceau Am A God le clame sans détour : « Je viens de parler à Jésus / Il m’a dit «Quoi de neuf Yeezus ?» / J’ai dit : «Je me détends / En essayant d’entasser ces millions» / Je sais qu’Il est le plus grand / Mais je suis son disciple / Ma maison est la sienne / C’est à nous / Je suis un dieu / Je suis un dieu ». Mais la plupart du temps, les rappeurs américains s’identifient à la figure du Christ, homme persécuté, prêt à affronter la mort pour défendre une cause juste. Le rap est une tribune, c’est vrai, un tribunal pour certains et une occasion parfois, parce qu’écouté, d’être entendu sur le terrain miné des tabous, des dérives d’une société morcelée par des discours communautaristes et par sa peur. Au bout du rap, il y a des hommes qui cherchent leur place parmi d’autres et une justification noble pour exister.

Par Full, pasteure sur le poste littoral en Cévennes-Languedoc-Roussillon.

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