Jan Hus, le prédicateur tchèque

Jan Hus, le prédicateur tchèque

À la fin du Moyen Âge, l’Église ne brille guère par son intégrité et sa stabilité. Des hommes se dressent pour revendiquer une autre forme d’église. Ils font figure de pré-réformateurs. Parmi eux, Jan Hus.

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Publié le 15 novembre 2016

Par Alain Pélissier, pasteur, président du Conseil Régional

En 1415, il est emprisonné, torturé et brûlé vif à Constance. Son disciple, Jérôme de Prague, subit le même sort l’année suivante. Martin Luther n’a pas oublié ce qu’il devait à ces hommes. Il avait pris connaissance à Leipzig, entre autres, des enseignements de Jan Hus, et s’écria même : « nous sommes tous des hussites ».

Jan Hus est né en 1369, au sud de la Bohème dans le village de Hussinec. Le souverain, Charles IV, maintient l’existence dans cette région du peuple allemand et du peuple tchèque. Tandis que la guerre des papes déchire l’Europe, Jan Hus entame des études à Prague. Il est brillant, il devient en 1402 recteur de l’université de Prague et curé de la chapelle des Saints-Innocents. Neuf ans plus tard, le pape Jean XXIII proclame une série d’indulgences à l’attention de tous ceux qui auront pris les armes contre les pré-réformateurs. Hus est le premier visé. Mais voulant plaider sa cause, il se rend à Constance où le pape a convoqué un concile. À peine arrivé, il est arrêté et condamné après 6 mois de procès pour refus de la doctrine de la transsubstantiation qu’il n’avait jamais mise en cause.

Ses idées

Il s’élève contre l’enrichissement abusif du haut clergé et son discours essaime notamment dans les campagnes où les paysans dépossédés refusent de payer une dime exorbitante. Il va plus loin et fustige la ségrégation des tchèques. Il demande une réforme de l’Église « en sa tête et en ses membres ». Et, pour ses détracteurs, l’inacceptable arrive : il prône l’autorité de l’Écriture ! Il est influencé par un autre pré-réformateur John Wyclif, mort en 1384, dont les écrits sont condamnés par la papauté.

Ses propos

On perçoit du Luther avant l’heure. La place de la raison, la capacité de l’homme d’avoir un avis, la critique de la papauté, la place première de l’Évangile est là : « qui peut interdire à un homme de juger selon sa raison et aux inférieurs de juger, avec charité toutefois, les œuvres de leurs supérieurs puisque le Sauveur dit en Matthieu 13 les scribes et les pharisiens sont là… ne faites pas comme ils font » (D’ecclesia 1413). Il dénonce les excès de l’Église de manière claire. En faisant parler le Christ, Hus dit « je sue le sang royal de l’agonie alors que lui (le pape) prend plaisir à des bains raffinés. Je passe la nuit honni et conspué, pendant qu’il festoie dans l’ivresse et la luxure » (Sermon). Comme le fera Luther, il émet des critiques envers les indulgences : « un pêcheur » endurci fait mine de se repentir, paie ce qu’il faut, reçoit l’indulgence plénière de la croisade et son âme va tout droit au ciel après sa mort alors qu’un autre qui a mené une vie juste va au purgatoire simplement parce qu’il n’a pas acheté d’indulgence ? (Déclaration contre les indulgences de Jean XXIII).

L’incidence de la papauté à deux têtes

En 1378, le Saint-Siège à Rome a son pape en la personne d’Urbain VI et un second, le pape Clément VII, en Avignon (élu par 13 cardinaux français). Ce Schisme d’occident va durer 40 ans. Les deux papes se revendiquent en même temps l’unique successeur de l’apôtre Pierre et chef de l’Église. Cela renforce la pertinence des idées des pré-réformateurs, dont celles de Hus. Par ailleurs, cette dissolution de l’autorité pontificale va favoriser pour un temps leur émergence. Mais Jan Hus était sans doute trop fervent, utopiste ou visionnaire en espérant que la papauté se remettrait en cause et accepterait les réformes théologiques et ecclésiales qu’il prônait.

 

 

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