«Mon étude historique de Jésus m’a rapproché de lui»

L’historien Jean-Christian Petitfils a publié en 2011 un livre fort remarqué, «Jésus» (éd. Fayard), dans lequel il défend le Jésus historique et la valeur des Evangiles. En cette période de Noël, nous voulions l’interroger sur cet événement et ce qu’il représente pour lui.

28 Décembre 2012

Comment l’historien que vous êtes perçoit-il Jésus de Nazareth?

 
Jésus est un Juif pieux enraciné dans le monde culturel de son temps. C’est une donnée première de l’Histoire, trop souvent oubliée. On a fait de lui un être désincarné ou ayant revêtu une humanité abstraite, hors de son milieu, dominant le temps et l’espace, mystérieusement tombé comme un être céleste sur la terre. Il n’en est rien.
 
Pour autant, et c’est le second enseignement de l’Histoire, Jésus n’est pas un Juif ordinaire, pas plus qu’un sage ou un philosophe venu enseigner l’amour fraternel: cela, les maîtres pharisiens l’avaient déjà prôné avant lui, même s’ils ne poussaient pas le principe jusqu’à l’amour des ennemis. Le message de Jésus -le Royaume de Dieu, l’amour infini du Père, le pardon des péchés- est lié au messager, car il est lui-même le «royaume» qu’il annonce.
 

En quoi son message est-il donc révolutionnaire?

 
Ce message est très exigeant, puisqu’il intériorise la loi mosaïque. Jésus vise l’intention du cœur et la droiture des consciences. D’où, par exemple, le durcissement de la morale sur l’interdiction des serments ou celle faite à l’homme de répudier sa femme.
 
Mais ce qui surprend le plus l’historien, c’est l’autorité inouïe avec laquelle il parle: «Moïse vous a dit de faire ceci, moi je vous dis de faire cela». Qui est ce «moi»? Le petit artisan de Nazareth? Comment ne pas percevoir le mystère de sa personne? Il appelle son Père «Abba», mot affectueux qu’on ne trouve nulle part dans la prière juive, et il marque sa distance vis-à-vis de ses disciples: il dit «mon Père», jamais «notre Père», sinon pour leur enseigner la prière qu’ils devront réciter. Plus étonnant encore, il pardonne les péchés, ce que seul Dieu peut faire.
 
Mal à l’aise avec l’étiquette de Messie, car les Juifs attendaient un Sauveur guerrier qui chasserait les Romains, il préfère utiliser la figure du «Fils de l’homme», qui renvoie à Daniel 7. Ce faisant, il creuse encore plus le mystère de sa personne, car le «Fils de l’homme» est une figure infiniment plus grande qu’un messie temporel: c’est un personnage mi-humain, mi-céleste, qui doit revenir à la fin des temps pour juger les hommes. Or, tantôt Jésus y fait référence comme à quelqu’un d’extérieur à lui-même, tantôt il s’identifie pleinement à lui. […]
 
Propos recueillis par Eric Denimal
 
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jean pierre
rive
Il y a : 2 semaines 2 jours
sous reserve d un approfondissement la question suppose la reponse a plusieurs préalables:peut on repondre a une question unique pour "les religions";le christianisme ou plutôt "la foi chretienne" relevent ils de "la religion"concue comme un unique ensemble, divers certes, de paroles ,pratiques et rites; la foi chretienne n est peut etre pas de l ordre du religieux,mais comme le dit Hauerwas d une certaine ethique enracinée dans une vie orientée par la croix et la resurrection de jésus christ;sans succomber a ce qui fut une mode l areligiosité de la foi chretienne reste a mediter;ce qui ne s oppose pas a la priere a la celebration et a la liturgie;ensuite la mission (de service public)suppose que quelqu un "ENVOIE" ,le christ ou l etat;a quelle souveraineté ultime obéissons nous? alors OUI nous avons une mission de service public (notre foi ne se suffit pas de l intime )qui estde poser les signes imparfaits mais impératifs du royaume advenu parmi nous et en cours de manifestation
Claire
Bernole
Il y a : 2 semaines 6 jours
(2) Je m’appuie sur l’exemple que je connais le mieux, celui du christianisme. Jésus a nourri et guéri –y compris le jour du repos– mais il a aussi affirmé que l’homme ne vivrait pas de pain seulement. Il ne s’agit pas de prêcher la bonne parole à un ventre vide. Succès non garanti ! C’est la question de l’articulation entre aide matérielle et apport spirituel qui se pose. S’il est de bon ton d’être engagé dans des œuvres caritatives, on est en revanche rapidement taxé de "prosélyte" lorsqu’on parle de sa vie de foi. Il semblerait qu’entre un silence respectueux et une évangélisation agressive, il n’y ait pas de place pour un simple partage. Ainsi, il devenu bien plus problématique de parler de la mission d’évangélisation des églises que de leur mission de service public ! Ma conscience chrétienne me pousse à m’interroger : dans une culture où la tolérance est devenue une valeur suprême, comment assumer la mission spirituelle que me laisse Jésus tout en restant respectueuse d’autrui?