Christianisme - Vous avez dit coptes ?

Christianisme – Vous avez dit coptes ?

Terre christianisée dès le premier siècle de notre ère, l'Egypte est aujourd'hui encore le pays d'Orient qui compte la plus importante minorité chrétienne : les Coptes. Du passé au présent, un regard sur des chrétiens à part.

Un contenu proposé par Le Levant

Publié le 11 mars 2013

Auteur : Thomas Wild

Selon les statistiques, leur nombre varie, mais ils seraient entre 6 et 10% de la population égyptienne, ce qui n’est pas négligeable dans un pays qui compte plus de 80 millions d’habitants. Les origines de ce christianisme égyptien restent floues. Certains pensent que l’évangéliste Saint Marc lui-même, dont les reliques ont été rapatriées de Venise au Caire il y a quelques années, aurait apporté la Bonne Nouvelle dans la vallée du Nil à partir d’Alexandrie. Plusieurs découvertes archéologiques de ces dernières décennies montrent en tout cas la richesse de ce christianisme égyptien naissant et l’effervescence intellectuelle qui le caractérisait. Aujourd’hui, les Coptes respirent au rythme de l’Égypte : entre peur de l’avenir et espérance de jours meilleurs.

L’origine étymologique du mot « copte » et l’évolution de sa signification permettent de mieux comprendre la double appartenance qui fonde l’identité de cette communauté : chrétiens et Égyptiens, Égyptiens et chrétiens. Dérivé du grec «Aiguptos», ce terme désignait à l’origine l’ensemble des habitants de la vallée du Nil.

Ainsi, au VIIe siècle, les envahisseurs arabes appellent «Coptes» les autochtones, très majoritairement chrétiens, du territoire nouvellement conquis. Mais au fil du temps, cette désignation va être réservée aux seuls Égyptiens conservant leur religion d’origine et refusant la conversion à l’Islam. C’est pourquoi, dans l’Égypte d’aujourd’hui, le mot « copte» est synonyme de « chrétien égyptien» et peut désigner aussi bien les orthodoxes, les catholiques ou les protestants, les trois confessions étant représentées en Égypte.
Retirés dans l’enceinte sécurisante de leurs Églises

Les Coptes sont donc à la fois chrétiens et Égyptiens. Fiers de leur ascendance pharaonique autant que du rôle biblique de l’Égypte, terre de refuge de la Sainte Famille fuyant le massacre des enfants ordonné par le roi Hérode, ils ont toujours essayé de combiner ces deux appartenances.

Mais depuis les années 1970, alors que l’Égypte connait une réislamisation de sa sphère publique et de son droit, il devient de plus en plus compliqué pour les Coptes de les faire tenir ensemble. En effet, l’égyptianité de Zaghloul (leader de la lutte pour l’indépendance de l’Égypte face au colonisateur britannique) ou l’arabité de Nasser ont cédé leur place à l’islamité de Sadate. Moubarak a pendant ses mandats successifs essayé de contenir la poussée des islamistes au prix d’une démocratie plus que bafouée comme on le sait : maintien de l’état d’urgence, politique du parti unique, répression sévère notamment contre les Frères musulmans… Il était de ce fait un président controversé au sein de la communauté copte : certains espéraient la fin de sa mainmise sur l’État et se sont engagés dans des mouvements de contestation tels que le mouvement Kefaya2, d’autres dont le Patriarche Chenouda III lui apportaient leur soutien face aux Frères musulmans de plus en plus présents sur la scène politique égyptienne.

Dans ce contexte, la communauté copte a ressenti le besoin de réaffirmer son identité propre et son appartenance au christianisme. Sous l’influence de Chenouda III, décédé en mars 2012, un renouveau de l’Église s’est amorcé. Ce renouveau a différentes facettes : renouveau de la vie monastique, encouragement de l’apprentissage de la langue copte (transcription en caractères grecs de l’antique langue pharaonique), développement des écoles du dimanche et autres formes d’enseignement catéchétique, multiplication des publications du Patriarche et de ses interventions publiques, offre d’activités en tout genre par les paroisses… En réponse à l’islamisation de la société, les Coptes ont ainsi développé une forme de communautarisme : de plus en plus, leur vie sociale se joue au sein de leur Église. Leur appartenance chrétienne devenant contradictoire avec une Égypte se réclamant de l’Islam, les Coptes ont pour beaucoup fait le choix de se retirer dans l’enceinte sécurisante de leurs Églises et de ne plus s’impliquer dans la vie publique et politique de leur pays.
L’union sacrée de la croix et du croissant

La révolution égyptienne de janvier 2011, ayant abouti à la chute du président Moubarak, a encore changé la donne. Aujourd’hui, l’Égypte est en pleine mutation et il est difficile de dire comment la situation va évoluer. Beaucoup de chrétiens, mais aussi de musulmans, ont vu dans cette révolution un espoir de changement et de transition vers un État démocratique dans lequel cohabiteraient les croyants des deux religions. L’union sacrée de la croix et du croissant, qui avait très fortement marqué la lutte pour l’indépendance de l’Égypte en 1919 et dans les années suivantes, semblait à nouveau possible. Des images de chrétiens protégeant la place Tahrir pendant la prière du vendredi ont fait le tour des médias. Aujourd’hui, alors que les Frères musulmans ont accédé à la plupart des postes clés de l’État égyptien, beaucoup de Coptes ne croient plus en cette union et craignent pour leur avenir.  Pourtant, les Frères ne sont pas un groupe homogène et des tendances diverses coexistent au sein de la confrérie. Par ailleurs, certains signes sont plutôt encourageants : texte d’accord entre responsables des Frères musulmans et responsables de l’Église protestante égyptienne, nomination en tant que conseiller du président d’un chrétien, Samir Morcos, très engagé en faveur du dialogue interreligieux… Seront-ils suffisants ?  est difficile pour le moment de le savoir. L’avenir des Coptes dépend beaucoup de l’évolution de la situation politique de l’Égypte, mais aussi des prises de position de la scène internationale et de la manière dont les Coptes eux-mêmes décideront de prendre part à la transition en cours dans leur pays.

Article rédigé par Marion Heyl, étudiante en théologie

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