Europe et migrations, quelles solidarités ?

Europe et migrations, quelles solidarités ?

Découvrez l'édito du numéro d'octobre de Causes communes : "Europe forteresse"

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Publié le 16 décembre 2014

Auteur : Jean-Claude Mas

Europe forteresse

Un an après le naufrage mortifère de Lampedusa, le 3 octobre 2013, qui avait indigné toute la communauté internationale, rien n’a véritablement changé. Les naufrages et les morts en Méditerranée sont toujours une réalité, la « pression migratoire » s’est accentuée, avec plus de 100 000 personnes migrantes arrivées sur les côtes italiennes depuis le début de l’année.

Dans cette période exceptionnelle de chaos qui voit des dizaines de milliers de personnes fuir des persécutions, des zones de conflit et l’extrême misère de plusieurs pays et régions du monde, l’Union européenne fait le choix de poursuivre sa politique forteresse.

D’un côté, on ferme les voies d’accès légales aux pays de l’UE, à travers des politiques de visas de plus en plus restrictives, obligeant ainsi une partie des personnes migrantes à emprunter des filières « clandestines » ; de l’autre, sous le prétexte de cette immigration irrégulière, on poursuit le déploiement de dispositifs policiers et militaires pour contenir et empêcher leur accès au territoire européen. La boucle est ainsi bouclée.

Face à l’augmentation du nombre de migrants à ses portes, la principale réponse de l’Union européenne, en cette rentrée post élections européennes, est le renforcement des contrôles répressifs via une nouvelle opération dite Frontex plus – qui deviendra l’opération Triton à partir de novembre – et l’intensification de la coopération avec les pays de transit et d’origine des personnes migrantes. Peu importe si, loin de les dissuader de rejoindre l’Europe, les opérations Frontex ont eu jusqu’alors pour conséquence de contraindre les personnes migrantes à emprunter des routes toujours plus dangereuses au péril de leur vie. Peu importe si les accords de sous-traitance du contrôle des frontières de l’UE par des pays tiers aboutissent à modifier la législation de ces pays pour faire de « l’émigration illégale » un délit, comme c’est le cas en Mauritanie.

Depuis que l’Union européenne essaie de mettre en place des règles communes en matière d’asile et de migrations, elle a principalement concentré ses efforts et ses moyens sur le contrôle des frontières extérieures et sur la lutte contre l’immigration irrégulière, au détriment d’une politique active d’immigration basée sur la solidarité et le respect des droits fondamentaux des personnes migrantes. Les nouvelles orientations définies par le Conseil européen fin juin ne dérogent pas à cette constante. Une rupture avec les politiques migratoires européennes actuelles est urgente, mais elle ne vient pas. La nomination, le 10 septembre dernier, du nouveau commissaire européen à la migration et aux affaires intérieures – ancien ministre de la défense grec, issu du parti populaire européen de droite conservatrice – fait s’éloigner l’espérance d’un changement de cap. L’obsession sécuritaire écrase tout, y compris la capacité de l’Union et de ses États membres à se remettre en question, et repenser leur relation au monde.

Jean-Claude Mas, secrétaire général de La Cimade

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