Les temps étaient mûrs

Si un moine inconnu a eu autant de succès en affichant 95 thèses sur une église allemande quelconque en 1517, c’est parce que le fruit de sa réflexion était publié au bon moment. Bref retour sur les origines de la Réforme.

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Publié le 25 février 2017

Auteur : Anne-Marie Balenbois

Malaise général, crise morale, crainte de l’imminence du Jugement dernier… de nombreux facteurs expliquent l’évolution de Martin Luther en 1517. À maints égards, c’est au moins deux siècles en arrière qu’il faut regarder pour expliquer les origines de la Réforme. Luther n’est d’ailleurs pas le premier à se pencher sur la nécessité de réformer l’Église.

Crise morale

À la fin du Moyen Âge et au début du XVIe siècle, les abus de l’Église romaine sont sous le feu des critiques d’une bonne part de l’élite européenne. À Florence, le moine Savonarole a violemment attaqué la papauté, menant une révolte qui aboutit à son exécution en 1498, soit une vingtaine d’années seulement avant la Réforme. De même, Erasme s’en prend vertement au train de vie des dignitaires de l’Église et au pape Jules II qui a fait une entrée à Bologne en homme de guerre portant la cuirasse et qui se fait portraiturer l’épée à la main. Si on remonte un peu plus dans le temps, le grand schisme d’Occident (1378-1417), né à la suite du séjour papal d’Avignon, a profondément perturbé les contemporains en donnant à voir une Église corrompue, avec jusqu’à trois papes en concurrence simultanée. Plus que l’Église de France, l’Église d’Allemagne a le sentiment d’être asservie à Rome et de devoir remplir ses caisses pour rebâtir Saint-Pierre, notamment grâce aux trafics liés à la vente des indulgences. Les critiques de Luther venaient donc sur un terrain déjà bien préparé.

Angoisse du salut

Au-delà des questions économiques et du train de vie des princes de l’Église, c’est surtout à des déviations doctrinales que s’attaque Martin Luther. Elles lui paraissent très graves. L’emprise indue sur les consciences avec le sacrement de la confession, le statut du prêtre qui est un intermédiaire entre Dieu et les hommes sont parmi les premiers points critiqués. En fait tout vacille, y compris les textes sur lesquels les hommes d’Église s’appuient : l’humanisme naissant s’avise qu’il serait judicieux de s’appuyer sur les textes hébreux et grecs pour reprendre les vieilles traductions de la Bible, en particulier la Vulgate, attribuée à saint Jérôme et qui date du Ve siècle. Comment ces critiques d’un haut niveau théologique et intellectuel ont-elles pu toucher autant de populations généralement incultes ? On a de la peine à l’imaginer aujourd’hui, mais les Européens vivaient dans la hantise de la fin du monde imminente et donc du Jugement dernier. Qui serait sauvé, qui irait brûler en enfer ? Depuis le XIVe siècle, la grande peste a éliminé presque la moitié de la population européenne ; les guerres se succèdent, famines et épidémies aussi. Sur les murs des églises se multiplient les sujets angoissants, avec le thème de la danse macabre et l’omniprésence du mal ou des démons, visibles sur de nombreux retables comme celui d’Issenheim ou dans les tableaux de Jérôme Bosch.

Dieu seul, la foi seule

La réponse apportée par Luther est réconfortante, puisqu’elle dit que seule la foi peut sauver. Nul besoin de jeûner, d’acheter des indulgences ou d’invoquer les saints, il suffit de se tourner vers Dieu et de lui demander pardon, il écoutera. Cela n’évacue pas la force du péché et la prédestination, qui sera un thème récurrent dans l’histoire du protestantisme, mais cette nouvelle doctrine apporte incontestablement des réponses qui paraissent plus justes à beaucoup. Après, il faudra savoir si l’on peut réformer l’Église de l’intérieur ou s’il faut s’en détacher. C’est une nouvelle histoire qui commence.

Protestants 2017 PFP

 

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