Faut-il accompagner les "Solos" ?

Faut-il accompagner les « Solos » ?

Le nombre de célibataires, séparés, divorcés, veufs augmente dans nos sociétés. L’Église doit-elle avoir un discours adapté à cette catégorie de personnes ? Les avis divergent…

Un contenu proposé par Ensemble - Sud-Ouest

Publié le 20 mars 2017

Pour accompagner les « Solos »
L’avis de la pasteure Nicole Deheuvels, conseillère conjugale et familiale à la Fondation La Cause.

«Je souhaiterais vraiment sortir de cette solitude. Des rencontres Solos seraient bienvenues dans nos églises, cependant, rien ne se fait, et les conjoints chrétiens engagés sérieux, ça ne court pas les rues…» (sic). Des messages de ce type arrivent chaque semaine sur le site de la Fondation La Cause. Depuis 1930, La Cause accompagne les célibataires qui souhaitent rencontrer « un coreligionnaire » pour fonder un foyer où la foi est partagée et forme le roc de la maison à construire.

Le Service Éliézer (du nom de ce serviteur évoqué en Genèse 24) existe toujours : l’ordinateur a remplacé les chameaux mais l’esprit reste le même à savoir, prière et action, dynamique et respect. Depuis 1999 existe aussi le réseau Sol Fa Sol (SOLidaires Face à la SOLitude) qui coordonne des groupes régionaux. Ici pas de connotation matrimoniale, mais la volonté de proposer aux Solos de tous âges et toutes églises, une journée mensuelle de partage avec une activité touristique, sportive, ou culturelle et un repas. À travers ces rencontres, les amitiés se nouent, les langues se délient, la solitude est oubliée…

Aucun larmoiement dans ces moments mais au contraire la mise en œuvre d’énergie et le partage de compétences. La Fondation La Cause organise aussi, quatre fois par an, des séjours réservés aux Solos, dans différentes régions pour un temps de vacances, de découvertes, de retraite spirituelle… qui sont très appréciés et toujours complets. À travers ces activités, la Fondation La Cause tâche de répondre aux demandes des Solos d’être accompagnés avec délicatesse et justesse, sans tabou, sur un chemin d’espérance, de foi et d’amour.

Echos dissonants…
L’avis de Didier Fiévet, pasteur TO7 à Toulouse.

Bien sûr, il y a d’abord une souffrance à respecter, à partager. À tenter de soulager. Mais comment ? Solitude rime doublement avec servitude : prisonnier de ma propre histoire -celle qui m’a abandonné sur des rivages de désolation- et prisonnier de ma non-conformité à une image sociale : « Tu es prié d’être heureux, sous peine de menacer le confort des autres ». Le bonheur ne relève plus d’une grâce mais d’une injonction. Y faillir devient un délit, la solitude une faute…

Est-ce que l’Église doit faciliter un accès à une quelconque conformité ? Ne devrait-elle pas plutôt offrir une parole qui en libère (cf. Ac 3 : 6) ? C’est à dire une parole qui m’empêche de comprendre mon histoire comme un destin et qui me permet de me tenir à distance de ce que les autres attendent de moi… Je le crois, l’Évangile consiste à libérer le désir de ses carcans sociaux et religieux, en m’affranchissant du conformisme social qui me veut « en couple », et du conformisme religieux qui me veut en « couple chrétien ».

Il est certes légitime d’avoir recours à des sites de rencontre pour sortir d’une solitude non choisie. Mais tomber amoureux constitue toujours un événement qui survient, de l’extérieur, comme une effraction d’altérité. Ça nous arrive, ça nous dépasse et nous déplace. Se risquer à une relation amoureuse suppose une audace qui n’a que faire des assurances endogamiques. Éliezer est un caillou dans la chaussure d’Isaac : il va bien lui falloir quitter son père et sa mère… Être amoureux relève d’une vocation à sortir de nos catégories sociales ou religieuses. Ce devrait être notre seule parole.

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