Le mariage civil, non ; la bénédiction religieuse, pourquoi pas !

Pour Antoine Nouis, théologien, directeur de « Réforme », il ne faut pas entretenir la confusion entre les différentes formes de conjugalité. En revanche, dans l’Église, des ouvertures sont souhaitables.

04 Décembre 2012

 
L’homosexualité touche au désir mais ce dernier est une énigme car qui peut dire qu’il est maître de son désir ? Le but de notre réflexion est de sortir des positions manichéennes afin de réfléchir théologiquement à la question du mariage homosexuel. Avant d’aborder les textes bibliques, quelques mots sur l’homosexualité.
 
Ma rencontre avec des homosexuels m’a conduit à la conviction que l’homosexualité ne peut se conjuguer au singulier. Il faut distinguer l’homosexualité masculine de la féminine, puis les différentes formes d’homosexualité. En outre, il ne faut pas s’imaginer les orientations sexuelles comme deux catégories étanches. Il n’y a que des sujets qui sont homos ou hétéros à 5, 10, 50, 80 ou 99 %. Certains disent qu’ils se savent homosexuels depuis leur enfance et qu’ils n’ont jamais eu la moindre attirance pour les personnes de l’autre sexe, d’autres s’engagent dans une relation homosexuelle après avoir vécu en couple hétérosexuel pendant des années, voire des décennies. Pour troubler encore les catégories, aujourd’hui se développe un nouveau comportement qui consiste à avoir des relations homos ou hétérosexuelles au gré des rencontres.
 

Parcours bibliques

Dans une perspective protestante, l’écoute de la parole biblique est fondatrice. La Bible parle peu de l’homosexualité et chaque fois qu’elle le fait ouvertement, c’est de façon négative. Ces récits nous conduisent à l’interprétation mais nous ne pouvons écarter la Bible lorsque son message nous résiste. Avant d’aborder les textes qui peuvent nous aider à réfléchir, je voudrais commencer par écarter les faux textes qui sont souvent utilisés pour parler de l’homosexualité alors qu’ils parlent d’autre chose.
 
Dans le Premier Testament, les textes qui condamnent l’homosexualité se trouvent surtout dans les règles de pureté du Lévitique. Le chapitre 18 évoque le respect de l’union conjugale. Il traite successivement de l’interdit de l’inceste, de l’adultère, du sacrifice des enfants, de l’homosexualité et de la zoophilie. Dans ce chapitre, l’homosexualité se trouve en mauvaise compagnie mais on peut remarquer que, s’il y a un point sur lequel le Second Testament a renouvelé le Premier, c’est celui de la pureté. Dans les évangiles, la pureté n’est pas une question d’actes mais de disposition intérieure (Mt 15,11).
 
Dans le Nouveau Testament, les épîtres citent parfois l’homosexualité au sein d’une série de dérives (1 Co 6,9-10 et 1 Tm 1,9-11) à côté des débauchés, des idolâtres, des ivrognes, des cupides… Ces textes ne sont pas une analyse sur la nature de l’idolâtrie ou de la cupidité mais un avertissement à se comporter justement. Ils nous apprennent que, dans la société religieuse de l’époque, l’homosexualité était considérée comme une débauche.
 
Les partisans de l’homosexualité citent parfois un autre faux texte qui est celui de la relation entre David et Jonathan : « Jonathan s’attacha à David ; Jonathan l’aima comme lui-même. » (1 S 18,1). La relation était-elle homosexuelle ? La réponse à cette question n’a aucune valeur théologique. Ce n’est pas parce que David aurait eu une relation amoureuse avec Jonathan que l’homosexualité serait validée, ou alors il faudrait aussi s’inspirer de la pratique de David en matière de dot (1 S 18,25-27) ou dans la façon de réchauffer les vieillards dans les maisons de retraite (1 R 1,1-2) !
 
Une fois les faux textes écartés, quels sont ceux sur lesquels nous pouvons nous appuyer ? J’en développerai deux.
 
Dans les évangiles, la seule fois où Jésus est interrogé sur la conjugalité, il a répondu : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès le commencement, les fit homme et femme et qu’il dit : “C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux seront une seule chair.” » (Mt 19,4 5). Interrogé sur la conjugalité, Jésus renvoie aux récits de création à travers une double distinction anthropologique, la distinction des sexes et celle des générations. Un sujet se définit par son sexe (homme ou femme) et par sa place dans la succession des générations (enfant de, parent de). Dans sa réponse, Jésus lutte contre la confusion dans la perspective du premier chapitre de la Genèse dans lequel Dieu crée en mettant de la séparation dans le chaos initial.
 
Le second texte que nous pouvons convoquer est le verset de l’épître aux Galates dans lequel Paul récapitule le cœur de son message : « Vous tous qui avez reçu le baptême du Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ. » (Ga 3,27 -28). L’identité du sujet est donnée par sa foi (son baptême) et cette identité est plus forte que les identités religieuse (Juif ou Grec), sociale (esclave ou libre) ou sexuée (homme ou femme). Le sujet est enfant de Dieu, antérieurement à sa vie religieuse, sociale ou sexuelle.

Actualisation

Cela fait dix ans que je réfléchis théologiquement à la question de l’homosexualité et ma position, provisoire, est la suivante.
Au nom du passage de l’évangile et de la lutte contre la confusion, je suis contre l’ouverture du mariage aux homosexuels. L’homosexualité est une sexualité différente de l’hétérosexualité et je pense qu’il ne convient pas de les considérer comme indifférentes au sein de la même institution du mariage. Les questions juridiques posées par les couples homosexuels peuvent se résoudre par des aménagements du Pacs.
 
Dans une société en perte de repères dans laquelle les identités se fragilisent, il est important de maintenir la distinction entre les sexes de même qu’il faut maintenir celle qui sépare les générations. Cette position peut être considérée comme discriminatoire, elle est fondée sur le respect des différences.
 
Au nom du passage de l’épître aux Galates, je suis favorable à ce que l’Église envisage une bénédiction des unions homosexuelles. Lorsque deux hommes ou deux femmes s’adressent à l’Église pour lui dire : « Nous sommes chrétiens et nous voulons vivre notre union dans l’amour, la durée et la fidélité sous le regard de Dieu », elle devrait pouvoir répondre à cette demande au sein d’une éthique de l’homosexualité.
 
Il y a une dizaine d’années, l’Église réformée avait débattu en synode du sujet « Baptême, cène, signes ». J’avais espéré qu’elle en profiterait pour entrer dans une démarche de créativité liturgique pour signifier la présence de Dieu lors des étapes marquantes de la vie : déménagement, maladie, guérison, départ à la retraite, jubilés… Pour l’instant, les initiatives sont assez pauvres dans ces domaines, alors pourquoi ne pas commencer en se posant la question de l’accompagnement liturgique de la conjugalité homosexuelle ?
 
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Commentaires

Luc SERRANO
13 Février 2013
Nous ne pouvons bénir tout et n'importe quoi, et encore moins bénir ce que Dieu ne bénit pas. Ainsi, je crois en effet que tout homme, toute femme, quelque soit ses défauts et qualités, son orientation sexuelle... est béni de Dieu. Pour autant, le seul projet de couple qu'il bénit, conformément à Genèse 1 et 2 mais aussi à des millénaires de traditions religieuses de l'humanité : c'est l'union d'un homme et d'une femme ! Faire autrement, permettre à deux hommes ou deux femmes d'avoir des enfants, qui plus est par notre Science (étant là sans conscience) est une des formes du Péché : "vouloir être comme des dieux". De la même manière, se mettre à bénir des personnes qui divorcent, déménagent, changent ou perdent leur travail... ce serait retourner au "paganisme" antique. La Réforme a jadis limité nos gestes et rites religieux pour les dégager de l'emprise de nos désirs et de la subjectivité de l'émotion : on aurait dû en rester là, aux seuls gestes et signes du Baptême et de la Cène !
jean pierre
rive
Il y a : 2 semaines 1 jour
sous reserve d un approfondissement la question suppose la reponse a plusieurs préalables:peut on repondre a une question unique pour "les religions";le christianisme ou plutôt "la foi chretienne" relevent ils de "la religion"concue comme un unique ensemble, divers certes, de paroles ,pratiques et rites; la foi chretienne n est peut etre pas de l ordre du religieux,mais comme le dit Hauerwas d une certaine ethique enracinée dans une vie orientée par la croix et la resurrection de jésus christ;sans succomber a ce qui fut une mode l areligiosité de la foi chretienne reste a mediter;ce qui ne s oppose pas a la priere a la celebration et a la liturgie;ensuite la mission (de service public)suppose que quelqu un "ENVOIE" ,le christ ou l etat;a quelle souveraineté ultime obéissons nous? alors OUI nous avons une mission de service public (notre foi ne se suffit pas de l intime )qui estde poser les signes imparfaits mais impératifs du royaume advenu parmi nous et en cours de manifestation
Claire
Bernole
Il y a : 2 semaines 5 jours
(2) Je m’appuie sur l’exemple que je connais le mieux, celui du christianisme. Jésus a nourri et guéri –y compris le jour du repos– mais il a aussi affirmé que l’homme ne vivrait pas de pain seulement. Il ne s’agit pas de prêcher la bonne parole à un ventre vide. Succès non garanti ! C’est la question de l’articulation entre aide matérielle et apport spirituel qui se pose. S’il est de bon ton d’être engagé dans des œuvres caritatives, on est en revanche rapidement taxé de "prosélyte" lorsqu’on parle de sa vie de foi. Il semblerait qu’entre un silence respectueux et une évangélisation agressive, il n’y ait pas de place pour un simple partage. Ainsi, il devenu bien plus problématique de parler de la mission d’évangélisation des églises que de leur mission de service public ! Ma conscience chrétienne me pousse à m’interroger : dans une culture où la tolérance est devenue une valeur suprême, comment assumer la mission spirituelle que me laisse Jésus tout en restant respectueuse d’autrui?