Églises et célibat

Nombreux dans les communautés, ils sont très engagés dans les activités paroissiales. Souvent discrets, ils évoquent rarement leur vie privée. Alors, quels regards les Églises portent-elles sur les célibataires ?

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Publié le 20 février 2017

Auteur : Nicole Deheuvels

Le mot célibataire désigne précisément quelqu’un qui ne s’est pas marié. Pour couvrir l’ensemble des adultes concernés par une vie sans conjoint, les sociologues modernes ont inventé le mot Solobataires, désignant les célibataires, les divorcés et les veufs. Le joli diminutif Solos fait miroir au Duos, qui nomment les couples, par exemple en langage commercial. Les Solos forment un tiers des membres adultes de nos Églises, et parmi eux, des célibataires de tout âge.

Vocation

Le célibat est un thème peu traité dans les Églises et en théologie protestantes. Est-ce une réaction par rapport à l’Église catholique qui nourrit un discours théologique sur le célibat, en raison même de ses positions sur le magistère ? Il est vrai qu’à la Réforme, particulièrement grâce à l’expérience personnelle de Luther et son épouse, tous deux anciens célibataires consacrés dans les Ordres, il y a eu la volonté de réaffirmer la beauté et la sainteté de l’état matrimonial. Au cours du Moyen Âge, la valeur spirituelle du célibat avait été fortement survalorisée. Aujourd’hui, des communautés de soeurs protestantes consacrées continuent de vivre leur appel spirituel dans le célibat. Si ces communautés, notamment les Diaconesses, sont particulièrement appréciées et reconnues par nos Églises, force est de constater que la « promotion » de ce style de vie n’est pas spécialement répandue dans nos paroisses. Est-ce à dire que le célibat soit mésestimé ? Non. Simplement, il n’est pas considéré comme un chemin de foi supérieur. Cette situation de vie n’est en elle-même ni entrave ni voie royale à l’épanouissement spirituel et à l’engagement au service du Christ.

Vulnérabilité

Si certaines Églises osent évoquer la possibilité de vivre le célibat comme une vocation ou un don, selon l’expression de Paul aux Corinthiens, une grande majorité des Solos n’ont pas cet appel. Ils n’ont pas choisi le célibat et s’en satisfont à des degrés divers. Beaucoup d’entre eux souffrent de solitude à certains moments de leur quotidien ou à certaines étapes de leur vie. Maladie, chômage, deuil, mettent à jour leur vulnérabilité ; ils auraient besoin de trouver écoute et réconfort au sein de leur paroisse. Les pasteurs se réjouissent souvent de la disponibilité de certaines personnes seules, qui s’engagent à la mesure de leur temps libre et portent, de ce fait, un regard positif sur leur célibat. Notons aussi que de nombreux pasteurs sont célibataires, présumés avec une grande disponibilité. Mais le célibataire a aussi une vie privée qui doit être respectée !  Le souci de respect, cher aux Églises réformées, entraîne souvent les paroissiens dans une relation assez distanciée avec le célibataire. Cela peut être perçu comme une sorte d’indifférence par ceux qui ne se sentent pas suffisamment entourés. Sortir du culte un dimanche matin, après ce temps communautaire joyeux, et se retrouver seul devant une assiette, enfermé dans ses quatre murs, est une expérience hebdomadaire souvent douloureuse, qui est ressentie comme une sorte d’abandon ou une négligence communautaire venant contredire le message de solidarité de Corps du Christ proclamé le matin même. Certaines Églises ayant conscience de cette souffrance organisent régulièrement des repas le dimanche midi (qui ne réjouissent pas seulement les célibataires, d’ailleurs !). Attention ? Valorisation ? Respect ? Le regard des membres de nos Églises sur les célibataires est essentiel pour que l’Église soit réellement un lieu de fraternité pour tous.

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