La foi comme parole

La foi comme parole

Le premier mouvement de la foi est la curiosité spirituelle, l’écoute. Si l’humain est un être d’écoute, il est appelé à la parole, comme le montrent  deux récits bibliques autour d’Abraham et de Moïse.

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Publié le 6 mars 2015

Auteur : Antoine Nouis

Deux récits bibliques sont emblématiques pour évoquer cette dimension de la foi. Le premier est le dialogue d’Abraham avec Dieu à propos de Sodome. L’histoire est la suivante. Lorsque Dieu a décidé de supprimer Sodome parce qu’il ne supporte plus l’injustice de la ville, il en fait part à son ami Abraham (Gn 18,17-31).

Dieu dit à Abraham : « Je vais détruire Sodome. » Devant une telle annonce, la réaction d’un bon croyant aurait dû être l’acceptation reconnaissante : « Tu es Dieu et tout ce que tu fais est juste. C’est vrai que les Sodomites se sont mal comportés et leur punition est méritée. Louange à toi Seigneur car tu es le Dieu de la justice ! » Au lieu de cette attitude de soumission, Abraham s’est levé contre Dieu et il est entré en discussion avec lui. Il lui a dit : « Tu veux détruire Sodome car la ville est injuste, mais as-tu bien réfléchi à ce que tu comptes faire ? Es-tu sûr qu’il n’y a aucun juste à Sodome ? Posons l’hypothèse qu’il y ait cinquante justes dans la ville. Si tu la détruisais, tu détruirais les justes avec les injustes, ce qui est le contraire de la justice. »

Dieu est obligé de reconnaître la logique de l’argumentation et annonce à Abraham qu’il ne détruira pas Sodome s’il trouve cinquante justes dans la ville. Avec habileté, Abraham fait remarquer à Dieu que l’argumentation demeure pertinente si, au lieu de cinquante, il ne se trouve à Sodome que quarante-cinq, quarante, trente, vingt, dix justes. Et Dieu déclare qu’il ne détruira pas Sodome s’il trouve dix justes dans la ville. Abraham s’arrête là et Sodome a été détruite parce que Dieu n’a pas trouvé dix justes en son sein.

Un autre récit rappelle le marchandage d’Abraham à propos de Sodome, c’est l’intercession de Moïse lorsque Dieu a décidé de détruire le peuple après l’idolâtrie du Veau d’or (Ex 32,11-14). Lorsque Dieu déclare à Moïse qu’il sera épargné car il n’a pas participé à l’érection de l’idole, ce dernier aurait pu rendre grâce de la bienveillance de Dieu à son égard. Au lieu de cela, il utilise tous les arguments possibles pour faire revenir Dieu sur sa décision. Il commence par lui dire qu’il ne peut pas détruire son peuple car il serait alors la risée des Égyptiens qui se moqueraient de lui en disant : « Qui est ce Dieu qui a libéré son peuple pour le faire périr dans le désert ? »

Ensuite, de même qu’Abraham a opposé la justice de Dieu à Dieu lui-même, Moïse va lui opposer sa propre promesse : « Tu as promis à tes serviteurs Abraham, Isaac et Israël de donner une terre à leur descendance, tu ne peux pas revenir sur ta parole. » Et le texte se conclut en déclarant que Dieu regretta le malheur dont il avait décidé qu’il frapperait son peuple.

L’amitié de Dieu

Abraham et Moïse se sont élevés contre Dieu et, apparemment, Dieu ne le leur en a pas voulu si on en croit ces deux versets : « Le Seigneur parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle à son ami » (Ex 33,11) et : « Toi, Israël, mon serviteur, Jacob, que j’ai choisi, descendance d’Abraham, mon ami ! » (Es 41,8). Ce sont, dans le Premier Testament, les deux seules personnes à porter le titre d’ami de Dieu. Le propre d’un ami est qu’on peut tout lui dire, quand on est d’accord et quand on n’est pas d’accord. Devant un ami, on peut ouvrir son cœur, partager ses espérances et ses hésitations, ses joies et ses déceptions.

Nous nous souvenons alors que, dans l’Évangile de Jean, dans la dernière rencontre que Jésus a eue avec les disciples avant la croix, il leur a dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai entendu de mon Père. » (Jn 15,15). Jésus nous invite à entrer dans l’amitié de Dieu, là où se sont tenus Abraham et Moïse.

La foi est une question d’écoute et de parole. Écouter Dieu à travers les Écritures et dire la vérité profonde de notre humanité dans la prière. Celui qui n’écoute pas a une foi autiste et celui qui ne parle pas a une foi muette.

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