Le malheur de Calvin

Le malheur de Calvin

Très attaché à éviter tout culte de la personnalité, Calvin n’aimait pas que l’on qualifiât de « calvinisme » sa doctrine. Sa mort discrète reflète cette opposition à la gloire personnelle.

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Publié le 10 janvier 2009

Auteur : Bernard Cottret

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Il est arrivé un grand malheur à Calvin : il a fondé le calvinisme.

À sa décharge, précisons que c’était à son corps défendant. Quand on l’interrogeait sur ce point, Calvin récusait évidemment l’étiquette de « calviniste ». Encore en 1563, à la veille de sa mort, le Réformateur se plaignait de ses adversaires qui « ne trouvent nul outrage plus grand pour s’attacher à nous […] que ce mot de calvinisme, mais il n’est pas difficile de conjecturer d’où procède une haine si mortelle qu’ils ont contre moi ». Fausse modestie ? Paranoïa ? Calvin n’aimait pas que l’on qualifiât de calvinisme la doctrine qu’il professait. Pas plus qu’il n’avait approuvé les adjectifs dérivés, « calviniste », « calvinien » ou « calvinal » dont Ronsard avait usé et abusé pour dénigrer une doctrine dont il souhaitait, facétieux, qu’elle rimât avec le mot « cannibale ».
« La foi est approuvée : allez aux régions
Qui n’ont ouï parler de nos religions,
Au Pérou, Canada, Calicut, Cannibales,
Là montrez par effet vos vertus calvinales », s’était exclamé le poète dans ses Discours des misères de ce temps de 1562. Certes, en ces temps de violence civile et d’outrance religieuse, on était toujours le cannibale de quelqu’un. Les huguenots, moqueurs, n’étaient pas en reste ; ils avaient reproché aux catholiques de manger leur « dieu de farine », les taxant dans le même temps d’anthropophagie.

Une mort discrète

Calvinisme ? Le mot est trompeur. Si la réussite du calvinisme signe, d’une certaine façon, l’échec de Calvin, quelles leçons pouvons-nousen tirer pour aujourd’hui ? De qui se recommander ? De Paul, d’Apollos, de Céphas… ou de Calvin ? Bon apôtre, Calvin flairait le piège et il mettait ses amis en garde contre tout culte de la personnalité. Sa mort discrète en porte témoignage. Comme Moïse, Calvin voulait que l’on ignorât le lieu précis de sa sépulture. Calvin fut enterré, après sa disparition en mai 1564, en un endroit resté anonyme jusqu’à ce que, au XIXe siècle, emporté par d’inutiles bavardages, on jugeât insupportable ce silence. Et que l’on rétablît sa tombe au cimetière de Pleinpalais à Genève. Calvin souhaitait sans doute que, comme Moïse dont il parle dès 1534 dans son Traité des reliques , on cachât son corps « de peur que le peuple d’Israël n’en abusât en l’adorant ». Lucien Febvre lui-même dans son « Crayon de Jean Calvin » de 1949 notait finement : « Calvin a bien pu se faire enterrer dans un tel anonymat que personne n’a jamais pu reconnaître le lieu de sa sépulture. Suivant en cela la loi de Genève. Point de tombes individuelles. Point d’épitaphes, point même de croix. Ni ministres priant sur la fosse, ni liturgie au temple, ni sonnerie de cloches, ni oraison funèbre. Rien. Fidèle à la loi commune, Calvin ne s’est point bâti de tombeaux en pierres mortes. Il l’a construit de pierres vives. » (Au coeur religieux du XVIe siècle, 1968). […]

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