L’esclavage d’hier et d’aujourd’hui

L’esclavage d’hier et d’aujourd’hui

La semaine dernière, le pape a dénoncé les nouvelles formes d’esclavage mettant en relief à quel point l’incertitude, la pauvreté (ici ou au loin), l’émigration se révélaient de cruels lieux d’asservissement.

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Publié le 25 novembre 2013

Auteur : Nathalie Chaumet

En fait, malgré l’abolition de l’esclavage, malgré la Déclaration universelle des droits de l’homme, malgré le développement de nos sociétés, force nous est de reconnaître que de nouvelles formes d’esclavages, sans doute plus pernicieuses, ont vu le jour. Comme dans l’Égypte biblique de Moïse, ces asservissements modernes sont probablement fondés sur le même ressort, celui de la démesure. Là où Pharaon avait besoin de main-d’œuvre pour la construction de gigantesques tombeaux surplombant le désert et le temps, nos sociétés s’emballent dans une consommation idolâtre effrénée qui conduit à l’exploitation de populations condamnées par des salaires dérisoires à une misère sans nom.

Grandeur pyramidale, grandeur totalitaire des empires grec, romain ou hitlérien, grandeur démesurée de nos hyper/supermarchés, la démesure des uns engendre l’asservissement des autres.

Un oppresseur multiforme

Cependant une forme de perversion supplémentaire est aujourd’hui en jeu. Là où Moïse pouvait aller trouver Pharaon, aujourd’hui l’identification des oppresseurs est quasiment impossible. Car qui est le tyran ? La multinationale avec sa main-d’œuvre bon marché, les consommateurs qui, en temps de crise, se ruent sur les biens à moindre coût, les marchés financiers auxquels les entreprises restent inféodées, les investisseurs à la recherche de profits, les gouvernements par leur incapacité à empêcher une délocalisation croissante ou tous à la fois ?

Pour l’oppressé, le visage de l’oppresseur est désormais multiforme comme ce dragon à sept têtes de l’Apocalypse et restreint dramatiquement toute possibilité de lutte. Reste alors le désespoir d’une situation sans avenir. Car l’esclavage est la répétition du même, journée après journée, sans autre horizon que cette répétition incessante dans la lutte pour survivre condamnant par avance les générations à venir. Dans la Bible le peuple reste en esclavage 400 ans, preuve s’il en fallait que l’asservissement annihile toute possibilité de penser l’avenir ou simplement d’imaginer que la génération suivante puisse échapper à son emprise. Nous en voyons une illustration dramatique avec le travail des enfants qui fait perdre à la notion d’avenir jusqu’à son nom même. […]

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