Marie dans le protestantisme, ou l’apprivoisement d’une figure féminine

Marie dans le protestantisme, ou l’apprivoisement d’une figure féminine

Marie a cent visages. Elle est au cœur du christianisme depuis le commencement, mais son identité est constamment ?uctuante. Petit parcours dans la théologie et la culture protestante, construite le plus souvent en réaction au catholicisme.

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Publié le 16 mars 2015

Auteur : Sarah Scholl

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Sainte, Vierge et obéissante, mère de Dieu, femme forte, modèle ou contre-modèle, Marie est le miroir des groupes et des individus qui s’en emparent. Qu’en a fait le protestantisme? Les réformateurs héritent d’un discours théologique sur Marie qu’ils vont critiquer et reconfigurer.

Mère de Dieu?

Le christianisme occidental, de l’Antiquité au Moyen Age, a fait de Marie une sainte femme, conçue comme la mère de Dieu et non plus seulement comme la maman de Jésus. A travers les quelques éléments contenus dans les textes bibliques et la florissante tradition des « apocryphes», les premiers chrétiens ont raconté son histoire, de sa naissance à sa mort. Rapidement, les théologiens s’accordent sur la conception miraculeuse du Sauveur et donc sur la virginité de Marie. Elle est sans péché, elle est humble, elle est pure. La Vierge prend alors une place croissante dans la piété chrétienne. On a pu dire qu’elle était pour les croyants une figure bienveillante face à un Dieu juge et effrayant. Elle devient une figure autonome, qu’on représente désormais sans son fils.

C’est cette indépendance de Marie par rapport à Jésus qui va rencontrer l’opposition des Réformateurs. Au XVIe siècle, la Réforme écarte de son système religieux toute médiation entre Dieu et les hommes qui ne soit pas le Christ. Autrement dit, Jésus est le seul Sauveur. La Vierge ne peut en aucun cas intercéder pour les hommes. On lui reconnaît néanmoins le rôle de modèle pour la foi, de par sa confiance en Dieu et son obéissance dans l’accomplissement de sa mission.

Suit une longue période de silence : entre le XVIe et le XIXe siècle, Marie est peu présente dans le protestantisme. Plus exactement, elle est un personnage parmi d’autres. «Les protestants y pensent d’autant moins que les catholiques en parlent davantage», comme le dit en une formule Michel Leplay.

Réactions à la modernité

Ce n’est qu’après la Révolution française, alors que les chrétiens de toutes confessions apprivoisent la modernité libérale, que Marie devient un thème central de la polémique avec le catholicisme. Autour de cette figure s’affrontent des manières divergentes de concevoir la place de la religion dans la société.

En 1854, le pape Pie IX promulgue le dogme de l’Immaculée Conception. Il formalise ainsi la croyance selon laquelle Marie aurait été conçue sans la «souillure» du péché originel par ses parents Joachim et Anne. La pureté de Marie en est que plus surnaturelle. Au siècle de Darwin et de Freud, le culte de Marie sert de rempart au rationalisme. Les récits d’apparitions mariales se multiplient. Le pèlerinage de Lourdes prend son essor.

Cette Marie portée tant par la papauté que par les populations catholiques se doit d’être «hyper» pure, elle incarne le déni de la chair, pivot de la morale catholique. Elle échappe aux logiques du monde et permet une nouvelle irruption de Dieu dans l’histoire humaine, en plein XIXe siècle.

Cette figure forte consolide par ailleurs l’identité catholique romaine en un moment où la sécularisation fait son chemin.

La stratégie protestante face à la modernité est toute différente. Pour contrer les avancées de la mécréance, les héritiers de la Réforme passent la Bible et la théologie au crible de la raison. Dans la foulée, certains tirent un trait sur la trinité et font de Marie la mère d’un homme comme les autres, exceptionnels de par sa sagesse mais sans nature divine.

De fil en aiguille, la virginité de Marie est mise en question, comme le reste des miracles des Évangiles. Les exégètes, lecteurs critiques des textes bibliques, repèrent des frères et des sœurs. Marie serait mère d’une grande famille. […]

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