Une espérance subversive

Une espérance subversive

Pourquoi se priver de la proclamation de la Résurrection parce que la science ne sait pas en parler ? Si la Résurrection disparaissait, ce serait l’extinction du christianisme, l’épuisement de sa radioactivité.   

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Publié le 25 mars 2015

Auteur : Gillette Gaudit

En France, beaucoup de chrétiens ne croient plus dans la Résurrection après la mort. C’est bien dommage.

Ce mot devient métaphore et s’entend comme rebond, résilience, renaissance après des épreuves : expériences très positives où se joue déjà une grâce… Mais la Résurrection de Pâques ne va-t-elle pas au-delà ? Quel sens donner alors à l’Incarnation, tout comme à la dynamique trinitaire et de son projet pour l’homme ?

Ceux qui pour eux-mêmes ne ressentent pas ou plus le caractère central de la Résurrection réduisent Pâques à une fête traditionnelle. Sans le vouloir, ils font peut-être le lit d’un ritualisme comme un autre. Si ce fondement disparaissait, ce serait l’extinction du christianisme, l’épuisement de sa radioactivité.

Pourrions-nous nous-mêmes nous remettre dans le vécu de chacun de ces trois jours et dans l’ignorance de la suite qui fut celle des gens concernés ?

Le vendredi a lieu une mort totale. Une mort infamante et douloureuse. Pour les disciples de Jésus et ses proches, on vient de tuer une espérance, une liberté et un souffle nouveau. La Crucifixion affiche l’échec de la mission prophétique de Jésus.

L’exécution de Jésus scelle le triomphe d’un politiquement correct. Elle rassemble toute l’injustice des morts effroyables des témoins, des prophètes, de chaque victime des massacres et autres barbaries. C’est pour Pilate la solution qui maintient l’ordre romain. Elle épouse le vœu de la foule, caresse dans le sens du poil. C’est le moyen radical pour que ne soit plus remis en cause les pouvoirs religieux : mieux vaut qu’un seul périsse, même innocent…

Le lendemain est le Sabbat, jour vide d’activités humaines, jour où les violences se taisent, jour de Dieu. Mais pour les disciples, pour ceux et celles qui suivaient Jésus, c’est un jour sans Dieu puisque celui qui les menait à Lui n’est plus. C’est un jour de douleur, de solitude. Plus rien ne se passera… Ils se sentent morts.

Le dimanche, la femme venue au tombeau reconnaît Jésus dans une silhouette… Son intime conviction lui donne la force irrésistible d’aller le dire ! De l’horreur d’une mort sur la croix et d’un corps martyrisé restent un tombeau vide, un habit blanc, une invitation à retourner en Galilée… La Résurrection surgit de ce vide, de ce silence du samedi hiatus avec le vendredi et son drame.

À la publicité, au spectacle du vendredi qui a rassemblé les foules, s’opposent ici la surprise, l’intimité, la découverte inattendue pour quelques-uns et d’abord, quelques-unes. C’est une révélation indirecte, ambiguë, dont le sentiment arrive de l’intérieur, lentement. Elle est du côté du désir et de la disponibilité, hors des cadres et des codes.

Face à l’extériorité événementielle, plus tard historique, s’ouvre une autre dimension. Après l’état de désespérance du samedi, on bascule, on change de perspective. Dans ce jour de Pâques se sont anéantis ces pouvoirs conjugués, ces violences, ces passions, ces lâchetés. Elles n’ont pas eu le dernier mot, elles n’ont pas épuisé le réel.

La vérité n’est plus enclose dans les apparences et les « a priori ». La Résurrection scelle les enseignements de Jésus et soulève une dimension subversive inattendue, incontrôlable. Au sein de l’existence publique, collective, communautaire, surgit la vérité du sujet individuel.

La possibilité que je puisse me sentir dans le vrai, contre les apparences et les forces qui me condamnent. Le garant de cette conviction, c’est une interlocution avec Dieu, avec « Je suis… » et sa puissance inaliénable.

Le partage du monde : la Terre/le Ciel, le haut/le bas, le visible/l’invisible, le sacré/le profane… est dépassé par un horizon de plénitude qui justifie une espérance au-delà de toute mort.

La puissance, le rayonnement de cet événement, pourquoi le cœur humain devrait-il s’en priver simplement parce que la science ne sait pas en parler ?

Des faux dieux démasqués

Depuis cet événement historique, on ne pourra plus voir et craindre de la même façon les pouvoirs de ce monde. Rois, empereurs, papes, chefs de guerre, dictateurs ou grands seigneurs… ne régneront qu’un temps. C’est fini, le décollement a eu lieu. Les faux dieux qui prétendent installer une domination sur les gens, les idées, les événements, sont démasqués et tôt ou tard seront débarqués.

De même, ces entités comme la patrie, la nation, le progrès, la révolution, la nature, la planète… sont des notions utiles pour penser et agir au service des hommes vivants, mais dangereuses et inacceptables quand elles deviennent des idoles tueuses et aveugles, réduisant l’homme à l’ici et maintenant.

La Résurrection valide ce que Jésus a fait, a dit et a réalisé des promesses de l’Ancien Testament. Elle inaugure une foi incarnée (qui n’exclut pas forcément la foi ritualiste et la foi interprétative). La Résurrection, irréductible à toute démonstration, ne peut qu’être témoignée au sein des Églises, communautés, familles, couples, lieux de vie ou de travail. Cette foi-là se fait relation, cheminement, liberté, vie intérieure, engagement risqué dans le monde.

C’est sans doute à cause de ce potentiel que les chrétiens d’Égypte, du Sud Soudan, du Moyen-Orient, de la Corée du Nord et autres pays sont menacés. Minorités qui ne se résignent pas, elles sont des avant-gardes, des marqueurs vivants de cette Résurrection qui sonne par-delà tous les aléas et les menaces, la fin de la peur.

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