Le pardon et ses effets sur la santé

Le pardon et ses effets sur la santé

Souvent sous-estimé, l’impact de nos émotions, en particulier négatives, comme la colère, sur notre santé est de plus en plus mis en lumière par les études scientifiques. Et si pour guérir ou se prémunir de certaines maladies, on apprenait à pardonner ?

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Publié le 22 juillet 2015

Auteur : Claire Bernole

Témoignage du Docteur Brodbeck, spécialiste en médecine interne générale et en médecine psychosomatique.

Lorsque François est arrivé en urgence à mon cabinet, il se plaignait de douleurs thoraciques importantes. Tout indiquait un infarctus myocardien. J’ai immédiatement transféré le patient vers un autre service pour un diagnostic complémentaire. Le résultat nous a tous étonnés : ses artères coronaires étaient normales, pas de sténose ni d’occlusion. Que s’était-il passé ?

Quelques jours après cet événement, François a enfin pu s’exprimer, ce qui lui aurait été impossible auparavant : « C’était mes problèmes. Je me suis presque énervé à mort », et de me raconter sa déception. Son énervement était compréhensible mais malsain. De tels cas ne sont pas aussi rares qu’on pourrait le croire…

Kaiser Permanente, le plus grand service de santé d’Amérique, affirme que 80 % de toutes les consultations sont motivées par des maladies sans cause organique. D’autre part, le nombre de maladies psychiques augmente constamment. Sans prétendre que toute maladie est la suite d’un sentiment de culpabilité ou de colère, il ne faudrait pas d’emblée l’exclure. Plusieurs études l’ont d’ailleurs démontré.

Dans leur ouvrage Anger Kills, Redford et Virginia Williams mentionnent une étude réalisée à l’université de North Caroline. Les étudiants de la faculté de médecine ont passé un test permettant d’obtenir une vision relativement complexe de leur personnalité. Une cinquantaine de questions concernaient l’animosité, évaluant ainsi un « taux de colère » individuel.

Il ressortait que le taux d’animosité de certains étudiants engendrait pour eux un risque élevé de mourir dans les 25 prochaines années, donc vers l’âge de 50 ans. Dans le groupe de ceux dont le score était le plus bas, seulement 3 sont effectivement décédés. Dans l’autre groupe, celui de ceux dont le taux d’hostilité était élevé, 16 sont morts. Selon cette étude, le niveau de colère est l’un des principaux facteurs prédictifs des maladies cardiaques, devant le taux de cholestérol.

Dans son ouvrage Forgive for Good, le Dr Luskin, co-fondateur et directeur du projet sur le pardon de l’université de Stanford, a notamment démontré que la colère peut être abandonnée grâce au pardon. C’est l’un des meilleurs moyens de gérer les effets qu’elle engendre. Deuxièmement, le pardon peut s’apprendre. Par exemple dans des ateliers ou des séminaires.

Il y a quelques années, une étude intéressante a été réalisée à l’hôpital Florida d’Orlando, aux États-Unis, sous la direction du Dr Tibitts. Ce dernier, soutenu par le Dr Luskin, a démontré l’efficacité d’un séminaire sur le pardon pour des patients ayant une tension élevée. L’objectif était d’apprendre à pardonner afin de mieux gérer la colère et les événements éprouvants de la vie. La tension de certains patients est passée par exemple de 157/107 à 123/84. Un résultat difficile à obtenir, même en combinant plusieurs médicaments. Bien sûr, l’hypertension ayant des origines variées, l’effet n’a pas été le même sur tous les participants.

Pour mieux comprendre les effets de la colère et du pardon sur notre santé, il est utile de rappeler que la relation entre corps, âme, esprit est très étroite. Notre perception – ce que nous voyons, entendons, ressentons mais aussi notre manière d’y réfléchir et de l’interpréter – devient une réalité pour notre corps.

La coupe du monde de football en Allemagne a littéralement brisé le cœur de certains supporters : environ 9 500 personnes ont dû être hospitalisées pour des problèmes cardiaques aigus à cette période. Une étude universitaire munichoise a montré que les soirs de jeu dans la seule capitale de Bavière, plus de 60 patients avaient dû être admis pour des problèmes cardiaques, soit quatre fois plus que la moyenne.

Le système nerveux agit sur le corps, que ce soit de façon consciente ou inconsciente. Le système nerveux végétatif, responsable de la direction, de la coordination et du fonctionnement des organes internes, joue un grand rôle dans la régulation de la tension artérielle, la respiration et le fonctionnement cardiaque. Le système nerveux autonome est réparti entre le sympathique et le parasympathique. En général, le système sympathique a pour fonction d’augmenter l’activité corporelle tandis que le parasympathique contribue plutôt au repos de l’organisme. Naturellement, nous avons besoin des deux.

L’hypothalamus contribue également à différents équilibres entre le corps et l’esprit. Il influence le système nerveux végétatif mais aussi le système endocrinien et le système limbique. De plus, il est en relation étroite avec le système immunitaire. Le bon fonctionnement de chacune de ces parties est essentiel au maintien en bonne santé de notre organisme (voir schéma p.41 du PDF).

Charlotte Witvliet, du Hope College (Hollande), a mené une étude intéressante. Elle a branché des appareils de mesure sur les personnes testées pour enregistrer la tension artérielle, le pouls, la conductivité de la peau et la tension des muscles du front. Puis elle a demandé aux personnes de penser à une situation où elles avaient été douloureusement blessées. Chaque item observé connu une augmentation. Ensuite, Charlotte Witvliet a demandé aux personnes testées de s’imaginer qu’elles avaient pardonné à celui qui les avait blessées. Le pouls ralentit, la tension diminua, les muscles se détendirent et la conductivité de la peau s’affaiblit. Imaginer que l’on pardonne conduit déjà à une normalisation de la réaction de colère. Que serait le véritable pardon, dont les bénéfices s’inscrivent dans la durée ?

Ainsi on peut dire que colère et culpabilité jouent un rôle dans différentes maladies telles que : infarctus myocardique et angine de poitrine ; hypertension artérielle ; maladies de l’appareil locomoteur (lombalgie, douleurs articulaires) ; asthme ; maladies gastriques et intestinales ; maladies mentales (dépression, troubles anxieux) ; céphalées tensionnelles, migraines.

Le pardon participe à une amélioration globale de la santé, principalement en évitant ou en amoindrissant les effets délétères des émotions négatives. L’étude du Pr Laurent Toussaint*, menée sur un groupe contrôle de plus de 43 000 personnes et présentée en 2011 lors de la conférence sur la santé émotionnelle à Loma Linda, a mis en avant les conclusions suivantes : sans pardon, le risque de maladie psychiatrique est multiplié par un chiffre de 1,5 à 6. Le risque de maladie cardio-vasculaire, par un chiffre de 1,5 à 2.

Certes, il existe différentes conceptions du pardon – et donc des façons différentes de le faire intervenir dans sa vie. Malgré cela, de récentes études montrent à quel point c’est un outil utile et efficace.

Paru dans Signes des temps n° 1624, mars-avril 2015

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