cannes 2022

Close… comme des frères

Grand prix du jury, "Close" de Lukas Dhont est un film tout en pudeur, d’une tristesse et d'une tendresse bouleversantes.

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Publié le 30 mai 2022

Auteur : Jean-Luc Gadreau

La fin de Festival, cette année, a proposée quelques très jolis films qui peuvent bouleverser les pronostics pour le palmarès. Ainsi, Close, le nouveau film de Lukas Dhont, candidat sérieux à la Palme d’or, a obtenu le Grand prix du jury. Un film tout en pudeur, d’une tristesse et d’une tendresse bouleversantes. 

Léo (Eden Dambrine) et Rémi (Gustav De Waele), 13 ans, sont amis depuis toujours. Jusqu’à ce qu’un événement impensable les sépare. Léo se rapproche alors de Sophie, la mère de Rémi, pour essayer de comprendre…

Lukas Dhont remportait déjà en 2018 la Caméra d’or du meilleur premier film à Cannes, avec le très beau Girl, qui racontait l’histoire d’un ado en pleine phase de transition pour devenir une fille.

À 31 ans, avec ce deuxième long métrage sélectionné dans la Compétition, il passe le cran supérieur en termes de subtilité et de force émotionnelle. Peut-être parce qu’aussi cette histoire serait tirée d’une expérience personnelle. Il est certain que chaque moment sonne tout à fait vrai, en grande partie grâce aux performances qu’il a obtenues de ses deux jeunes acteurs, absolument formidables, Gustav De Waele, le réservé Rémi et, plus particulièrement encore, Eden Dambrine, dans le rôle de Léo, qui est toujours sur la corde raide émotionnellement parlant, avec une forme de détresse criante mais réservée.

L’efficacité de presque toutes les scènes repose alors sur la nécessité que le public perçoive les pensées inexprimées des garçons sur leurs visages, qui remplissent souvent le cadre en gros plans éloquents.

Dans l’une des premières scènes, typiquement charmante, Léo regarde Rémi s’exercer au hautbois avec une admiration évidente ; plus tard, lorsqu’il joue un solo lors d’un concert à l’école de musique, la caméra se fixe sur Léo, dans le public, qui est visiblement ému – par la musique, certes, mais aussi par l’affection pure et la fierté pour son ami mélomane. Et justement, le mot est lancé : Pureté ! C’est le terme pour décrire leur relation amicale, fraternelle. Mais comme ils sont tous deux de jeunes garçons, l’incompréhension apparait parmi les nouveaux camarades de classe au collège. C’est le point de départ d’un malaise dans l’esprit de Léo. Léo prend du retrait… 

Close est un grand film sur l’amitié, mais peut-être encore plus sur la solitude, la perte, la culpabilité. Mais c’est aussi un film sur les rapports mère-fils, et on ne peut qu’être aussi admiratif devant l’interprétations des deux grandes comédiennes qui nous émeuvent à divers moments : Émilie Dequenne, la déchirante maman de Rémi, et Léa Drucker, celle de Léo, tout en retenue constamment.

Dhont impressionne dans le travail de mise en scène. Cette capacité à rester dans la sobriété, une forme de respect qui ne dit pas tout… mais qui laisse libre le spectateur et finalement l’embarque dans la violence des émotions mais sans aucune manipulation. C’est aussi tout l’environnement du vécu de ces deux enfants qui rend la beauté encore plus forte dans quasiment chaque scène de l’histoire. Il y a les maisons des garçons, l’école, la patinoire, etc. Qui se retrouvent comme reliées les unes aux autres par une succession de balades à vélo, parfois à grande vitesse. Et puis il y a les champs de fleurs qui mêlent au drame des couleurs merveilleuses.

Close est une petite merveille du genre qui peut largement prétendre – j’écris cet article à la veille du palmarès – à un prix d’interprétation pour le jeune Eden Dambrine mais aussi à une Palme d’or pour Lukas Dhont.

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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