Jaurès, 31 juillet 1914…

Jaurès, 31 juillet 1914…

Le meurtre de Jean Jaurès précède de deux jours la mobilisation générale. Entretien avec l'historien Rémi Fabre.

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Publié le 30 juillet 2014

Auteur : Frédérick Casadesus

Dans quelles circonstances Jaurès est-il assassiné ?

Il est perçu par les nationalistes comme un ennemi de la patrie, comme un traître à la solde du Kaiser. Il est l’objet d’une violence verbale considérable. Charles Péguy, son ancien compagnon de combat dreyfusard, va jusqu’à dire qu’il faut guillotiner Jaurès.

Derrière le discours de Péguy, on trouve l’idée que la France ne pourra pas faire triompher les causes nobles qu’elle défend, notamment le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sans en passer par un conflit. Jaurès pense au contraire que l’Allemagne peut évoluer dans la paix, que l’empire militariste va se transformer en un État populaire grâce à la force de la social-démocratie. Pour lui, les minorités nationales trouveront bien mieux leur émancipation par les progrès politiques et l’affirmation du droit que par la guerre.

Jaurès n’est pas le seul à subir des accusations de la droite nationaliste ; les syndicalistes révolutionnaires sont particulièrement dénoncés comme antipatriotes. Mais son éloquence et sa valeur intellectuelle constituent aux yeux des ultras des circonstances aggravantes.

Jaurès est pourtant loin d’être hostile à la guerre…

Il n’est pas un pacifiste intégral. Deux de ses oncles étaient amiraux. Au cours de son premier mandat de député, il a été très proche de Jules Ferry, donc favorable à une république patriote. Quand il est devenu socialiste et s’est placé davantage en faveur de la paix, il a toujours dit qu’en cas d’agression il fallait défendre la patrie et que le peuple était à même de le faire. De même, il a toujours dit que la perte de l’Alsace-Moselle était une injustice qu’il faudrait réparer, mais il considérait que cette réparation devait être obtenue par le droit parce que, selon lui, on ne peut pas réparer par la guerre l’œuvre de la guerre.

Jaurès veut promouvoir un droit international. À ce titre, est-il un précurseur ?

Il n’est pas le seul. Tout un courant milite en faveur de l’organisation du droit international : notamment la revue La paix par le droit, soutenue par des protestants comme Charles Gide, grand économiste et oncle de l’écrivain, et des pasteurs du Christianisme social comme Wilfred Monod ou Elie Gounelle. On compte aussi dans cette famille des modérés : toute la bourgeoisie n’est pas belliciste.

Des congrès internationaux se tiennent à La Haye, en 1899 et en 1907, pour essayer de mettre sur pied le système de l’arbitrage international, précurseur de la Société des nations. Jaurès approuve ces démarches mais il veut aller plus loin.

Il pense qu’on ne réussira pas à conserver la paix en agissant seulement sur les élites et qu’il faut entraîner le peuple. Les syndicats et l’Internationale socialiste doivent être assez forts pour bloquer le processus fatal.

La révolte de 1905 en Russie a joué son rôle dans l’évolution de Jaurès : il critique l’appui que la France apporte au régime tsariste au nom du fait qu’elle a besoin d’alliés pour recouvrer l’Alsace-Moselle…

Il estime qu’il n’est pas absurde que la France se rapproche d’autres pays européens, à condition que cette alliance ne soit pas perçue comme une menace belliqueuse par l’Allemagne. Jusqu’en 1905, Jaurès demeure modéré à l’endroit de la Russie parce que Nicolas II a fait des gestes en faveur de la paix – c’est lui qui avait eu l’initiative de la première conférence de La Haye.

L’évolution du régime le fait changer. Quand il prend connaissance de la répression qui s’est abattue sur les opposants, quand il voit des hommes d’affaire français chercher à profiter de la crédulité des petits épargnants pour s’enrichir en Russie, Jaurès réagit de façon virulente. De la même façon, il est favorable au rapprochement avec l’Angleterre mais, lors de la signature du traité d’Entente cordiale en 1904, il exprime publiquement la crainte que l’accord comporte des clauses secrètes pouvant entraîner des affrontements. Quand, l’année suivante, les Britanniques laissent la France agir librement au Maroc, les soupçons de Jaurès sont confortés. […]

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