Lazare, le Zombie et la société de consommation

Lazare, le Zombie et la société de consommation

Les zombies sont à la mode. Lazare était-il le premier zombie et la Bible le premier livre de science-fiction ? Nos contemporains ont peur de demain et de la mort... comme à d’autres périodes de l’histoire.

Un contenu proposé par Présence

Publié le 20 janvier 2012

Auteur : Stéphane Lavignotte

Depuis 1968 et le succès du film « La nuit des morts-vivants », les zombies sont à la mode. Ainsi en témoigne le succès de la série télé et bédé “Walking Dead”(1) qui met en scène des humains qui tentent de survivre face à une planète envahie de zombies. D’où vient la figure de ces morts qui revivent dans un état de déliquescence physique et intellectuelle avancée et s’attaquent aux humains ?

Dans la Bible, nous pensons immanquablement à l’armée revivifiée des squelettes du Livre d’Ezechiel (qui évoque la résurrection d’Israël après l’exil à Babylone) et à Lazare que Jésus ramène à la vie alors qu’il commence déjà à sentir. Dans la chrétienté, la peinture du XVe siècle représente nombre de personnages qui reviennent ainsi de la mort : l’angoisse de la mort (et de l’enfer) a saisi l’occident chrétien avec la grande épidémie de peste de 1348.

Dans la littérature moderne, la primeur revient à H.P. Lovecraft et sa nouvelle « Herbert West, réanimateur » publiée en 1922. Si l’auteur dit avoir parodié le Frankenstein de Mary Shelley (1818), c’est aussi l’époque où les Etats-Unis occupent Haïti (1915-1934) et où le public américain découvre le vaudou et ce mort réanimé sous le contrôle d’un sorcier qu’est le zombie, mot qui vient du créole haïtien. C’est aussi en Europe l’époque de la grande boucherie de 1914-1918.

On peut se demander si le succès des zombies et des films sur la fin de l’espèce humaine ne traduit pas l’évolution du rapport à la mort dans des sociétés où l’évidence du paradis et de l’enfer a reculé, même pour les croyants. Comme le soulignent Christian Grenier et Jacky Soulier, c’est comme si il y avait une sorte de consolation sadique à voir tous les autres mourir en même temps que soi. D’ailleurs, pour nombre d’incroyants, la mort de soi correspond dans une certaine mesure à la mort des autres : « Si je meurs, les autres disparaissent en même temps que moi, puisque je ne suis plus là pour témoigner de leur existence. »

Alors que dans le Nouveau Testament, il est promis une résurrection des corps sous forme de « corps spirituel » et que dans les religions cette nouvelle vie après la mort est espérée comme positive (et Lazare, malgré sa pourriture avancée, va retrouver toutes ses facultés !), la figure du zombie ne traduit-elle pas une nouvelle angoisse face à la mort ? Nos contemporains sont pris dans des sentiments contradictoires : la conviction qu’une fois mort, ils ne seront que des corps en putréfaction, mais sans doute en même temps la difficulté à imaginer que – quand même – ils seraient morts définitivement. Pourri mais pas tout à fait mort, donc zombie.

On peut aussi faire l’hypothèse que le zombie, plus que la parodie de Frankenstein, serait celle de Dracula (qui comme lui se nourrit d’humains). Mais alors que Dracula est un personnage aristocratique et séduisant, le zombie serait sa version à l’époque de ce que Paul Ariès appelle la junk consommation et junk production (consommation et production pourrie) : un Dracula « hard-discount », non plus solitaire et aristocratique mais produit en masse comme les produits des supermarchés, tombant en morceau rapidement et n’éveillant plus aucun désir…

Article rédigé avec Véronique Dubarry

(1) Résister n’est pas créer. Pour une analyse théologico-politique de Walking Dead, par Véronique Dubarry et Stéphane Lavignotte, Revue des Livres n°3, janvier 2012

Dans la même rubrique...

La si fragile et ardente espérance

La si fragile et ardente espérance

Le dernier ouvrage de Frédéric Boyer est un magnifique traité sur l’espérance. On aurait envie d’écrire un magnifique envol...

Un contenu proposé par Évangile et liberté
Une pièce de théâtre sur la transmission et la solidarité

La transmission et la solidarité, au cœur d’une pièce de théâtre

Jouée les 13 et 14 octobre à la Cité de Refuge, à Paris, la pièce "Robertino" parle de la rencontre entre Le Corbusier et d'un jeune qui deviendra son apprenti.

Un contenu proposé par Armée du Salut
Karl Marx : "Le travail aliéné"

Karl Marx : « Le travail aliéné »

Les "Manuscrits de 1844" rédigés par Karl Marx à Paris sont moins connus. Réflexion autour du texte "Le travail aliéné".

Un contenu proposé par Radio Alliance +

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

Présence

Présence est le journal de la Mission populaire évangélique de France. Il paraît 4 fois par an et propose notamment des nouvelles de 13 « Frats » (lieux d’accueil) du mouvement. Après une refonte graphique en 2017, la revue trimestrielle dévoile une nouvelle formule en avril 2018.

Derniers contenus du partenaire