« Le besoin de mythe, des symboles et de rites est inhérent à l’être humain »

Le philosophe et anthropologue argentin Fernand Schwarz, auteur du « Sacré camouflé » questionne la place du symbolique face à la crise de la représentation que vit la société actuellement.

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Publié le 15 octobre 2015

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« Si la dimension symbolique n’est pas développée dans notre imagination, notre psychisme devient plus étroit, on se mécanise. Notre capacité à voir les nuances diminue. L’être humain se vide de sa propre substance ouvrant ainsi la porte aux extrêmes, comme le terrorisme ou les sectes », affirme-t-il.

Dans votre ouvrage Le Sacré camouflé ou la crise symbolique du monde actuel, vous soutenez que « c’est la démythologisation effectuée par les sciences sociales qui a conduit l’Occident à la crise de la civilisation, et à la série de désenchantements». Le rationalisme mène-t-il au désenchantement ?

C’est l’hypertrophie rationaliste qui mène au désenchantement. D’une façon très schématique, nous pouvons aborder la réalité dans une logique d’exclusion, noir ou blanc. Ce mécanisme a permis le mode binaire, le langage linéaire, la technologie que nous utilisons maintenant. Cette logique d’exclusion est utile, mais pas suffisante pour comprendre la réalité, car la réalité n’est pas noire ou blanche, homme ou femme. Nous sommes donc obligés d’utiliser une autre logique pour aborder la réalité vivante, qui ne soit pas statique, codée ou mécanique. C’est la logique du noir et blanc, de l’inclusion qui permet la symbolisation et l’utilisation de l’imagination parce qu’elle accepte la contradiction en elle-même. Dans la logique rationaliste pure, on ne peut pas accepter la contradiction parce qu’elle devient absurde. Quand cette logique est utilisée dans tous les domaines, la réalité se réduit et devient idéologie, ce qui produit le désenchantement du monde.

Quelles en sont les conséquences ?

Le besoin de mythes, de symboles et de rites est inhérent à l’être humain. Si la dimension symbolique n’est pas développée dans notre imagination, notre psychisme devient plus étroit, on se mécanise. Notre capacité à voir les nuances diminue. L’être humain se vide de sa propre substance ouvrant ainsi la porte aux extrêmes, comme le terrorisme ou les sectes.

Vous affirmez que la société est en crise actuellement, mais ne l’a-t-elle pas toujours été ?

Non, il y a toujours eu des problèmes, mais seulement quelques crises. On est en crise quand les réponses usuelles face à un problème ne fonctionnent plus. […]

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