Moonrise Kingdom : la lune se lève au royaume de l’adolescence

Moonrise Kingdom : la lune se lève au royaume de l’adolescence

Le film d’ouverture du Festival de Cannes 2012, réalisé par Wes Anderson, traite avec une exquise précision du temps de l’amour, des copains et de l’aventure.  

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Publié le 14 mars 2015

Auteur : Adrián Calvo-Valderrama

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C’est le temps de l’amour, des copains et de l’aventure. Il va, il vient. On ne pense à rien, malgré ses blessures.

Parce que Cannes en a fait son film d’ouverture, le petit peuple a dû attendre la projection officielle de Moonrise Kingdom pour le visionner humblement à la séance du soir le 16 mai.

Pourquoi ai-je choisi d’ajouter ce détail futile ? Eh bien, peut-être justement parce que, ce que Moonrise Kingdom traite avec une exquise précision tout ce qui peut nous apparaître comme détail. Costumes, décors, dialogues, attitudes des personnages : chaque élément du tableau regorge de petites touches gourmandes à savourer sans retenue.

Difficile de broder un pitch de ce morceau de bobine singulier qui s’inscrit en tête dans l’œuvre d’un grand cinéaste.

Le 7ème opus de Wes Anderson raconte l’histoire de deux ados incompris en quête de sens sur une petite île isolée au large de la Nouvelle Angleterre, au cours de l’été 1965. Tombés amoureux suite à une représentation de l’arche de Noé donnée un an plus tôt en l’église de la communauté, Sam (Jared Gilman), le boyscout orphelin et mal-aimé, et Susy (Kara Hayward) mal dans sa peau, décident de tout quitter pour rejoindre ensemble Moonrise Kingdom, une baie qui symbolise à leurs yeux le lit paradisiaque de leur bonheur futur. À leurs trousses, la troupe scout du jeune Sam menée par le chef Ward, les parents avocats de Susy et l’agent de police de l’île. Tous s’affairent pour les retrouver alors que l’assistance sociale réclame Sam et qu’un ouragan menace.

Cette aventure initiatique, multicolore et décalée aux accents western, est un hymne à l’amour, à la différence, à la poésie et à autant de thèmes qui résonnent en tout être qui sait écouter l’enfant qui sommeille en lui. Toutefois, rien n’est simple au royaume de l’adolescence. Si l’arc-en-ciel nous éblouit en premier lieu, c’est pour mieux faire ressortir la tristesse omniprésente sur l’île et ses personnages, clowns neurasthéniques d’une vie taciturne sans relief qui ne peut que prendre fin pour renaître de ses cendres.

Côté technique, c’est un sans-faute. La mise en scène est millimétrée, la photographie stylisée. Les décors et les costumes sont fantasques au possible. Les seconds rôles brillants s’abandonnent sans crainte à l’univers andersonnien pour le plus grand plaisir du spectateur. Bill Murray et Frances MacDorman campant les parents avocats désabusés autant que déphasés. Edward Norton en chef scout ridicule, dévoué à sa cause. Tilda Swinton incarne l’assistance sociale déshumanisée et sans issue. Une mention spéciale à Bob Balaban, narrateur incroyable de cette pièce cinématographique où règne une complicité évidente.

Quant à la bande son, elle est au diapason de ce film d’aventure pétillant, pastiche sublimé d’un cinéma révolu. Une composition signée Adam Stockhausen, agrémentée de pépites comme Le temps de l’amour de Françoise Hardy ou Kaw Laka de Hank Williams.

Moonrise Kingdom est définitivement un chef d’œuvre dont il ne faut pas se priver. D’aucuns trouveront sans doute à redire sur un aspect ou un autre du scénario, mais on aurait tout intérêt à passer par-dessus certains détails. Derrière le tableau aux couleurs vives se profile une très belle parabole.

Moonrise Kingdom de Wes Anderson

Distribution : StudioCanal

Durée : 1h30

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