Paul Ricoeur par Olivier Abel

Paul Ricoeur par Olivier Abel

Paul Ricœur aurait eu cent ans ce 27 février 2013. Initier à l’étendue et la complexité de sa pensée, tel est l’objet de cet entretien avec le philosophe Olivier Abel, qui fut son élève et son ami.

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Publié le 28 février 2013

Auteur : Antoine Nouis

Tout le monde connaît le nom de Paul Ricœur mais beaucoup de ceux qui ont essayé de lire ses livres ont abandonné devant la difficulté. Pouvez-vous nous dire en quoi il est important ?

D’abord, c’est un magnifique philosophe de « métier ». Il savait déconstruire et reconstruire les concepts de manière magistrale, vivante et originale. Ce métier, il l’a exercé au sein de la philosophie, mais il n’a cessé aussi de l’engager dans la cité et de le tourner vers d’autres domaines et vers les grandes questions politiques de son temps. Il a rencontré le nazisme, la guerre, la guerre froide, la guerre d’Algérie, la cinquième République, Mai 68. Il a pensé l’institution et le rapport au politique, mais en philosophe. Il a aussi rencontré la littérature en philosophe. Quand il étudie Proust, Thomas Mann ou Virginia Woolf, il le fait en les mettant en conversation avec Aristote, Kant ou Husserl. De la même façon, il rencontre le biblique et la foi en philosophe. Quand il fait une étude de la Bible, il ne fait pas de l’exégèse mais il aborde le texte avec son outillage philosophique.

Un des points forts de Ricœur est la façon dont il articule le dire et le faire. Pouvez-vous parler de ses principaux engagements ?

Pupille de la nation – il a perdu son père pendant la Grande Guerre alors qu’il n’a pas deux ans –, il a été pacifiste dans sa jeunesse. Il va mettre du temps à comprendre que ce qui se passe en Allemagne et en Espagne interroge son pacifisme. Ce sont les réseaux barthiens et André Philip qui lui ont montré qu’il est des moments où il faut savoir sortir du pacifisme pour défendre l’État contre la folie nazie.

Après la guerre, il est président de la Fédération protestante de l’enseignement pendant 15 ans, à une époque où il y avait beaucoup de débats autour de la laïcité. Il est aussi président du mouvement du Christianisme social de 1958 à 1969. Il est engagé dans la revue Esprit qui est aussi un mouvement. Durant toute son existence, il n’a cessé de militer. À la fin de sa vie, il s’est engagé auprès des sans-papiers, de l’ACAT, de l’Institut des hautes études de la justice. Et puis il a toujours été attaché à notre Église, c’est un paroissien très fidèle de son Église locale. […]

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