Au Burkina, une église pas comme les autres

Au Burkina, une église pas comme les autres

Dans le petit village de Mana, une église baptiste a été construite à la demande des musulmans.

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Publié le 8 janvier 2016

Auteur : Sébastien Fath

Des musulmans qui réclament la construction d’une église ? Ce pourrait être un conte de Noël. Mais c’est une histoire bien réelle que nous raconte le pasteur le pasteur YE Henri. Secrétaire général de la FEME et président de l’Union des Églises Baptistes du Burkina Faso, il est une des principales figures du protestantisme burkinabè. 

Parlez-nous de la FEME, où vous occupez des fonctions importantes. Quel est l’objet de cette structure ?

La FEME rassemble les évangéliques du Burkina Faso. Elle a célébré ses 50 ans en 2011. Elle existe depuis 1961. Lors de cette célébration, on a fait le point. L’évangélisation est notre priorité numéro un. Nous avons fait ce projet, « un village, une église évangélique, une école ». Pour y arriver, on a développé la formation des pasteurs. Et poursuivi, plus ponctuellement, de grandes campagnes d’évangélisation. En 2014 a eu lieu Love Burkina Festival, une très grande campagne d’évangélisation, du sommet à la base, depuis les membres du gouvernement, jusqu’aux enfants des rues, qui combinait annonce de l’Evangile et action sociale concrète. Cela a duré un an, avec des invités extérieurs dont Luis Palau.

La seconde mission de la FEME c’est de représenter l’Eglise protestante devant l’Etat. L’Eglise de Jésus-Christ a un ministère holistique. On s’occupe des âmes, du spirituel, mais avec un grand bras social. C’est l’objet de l’office de développement des églises évangéliques, l’ODE, le bras social de la FEME. On réalise beaucoup de choses, des dispensaires, des écoles, des programmes de sécurité alimentaire. Au regard des actions menées, nous avons une mission de représentation vis-à-vis de l’Etat. Quand il se passe quelque chose d’important, l’Etat fait appel à nous. C’est une tradition au Burkina : les leaders religieux sont régulièrement consultés pour résoudre les difficultés. On est interpellés pour prier, et pour donner conseil. Quand Blaise Compaoré (ancien président du Burkina, ndlr) a voulu modifier l’article 37 de la constitution pour se représenter, nous avons été ceux qui ont demandé que cela ne puisse pas se faire. Nous avons beaucoup contribué aussi à la mise en place de la charte de transition démocratique. Le nouveau président élu, Marc Kaboré, est déjà plusieurs fois venu nous voir, avant et après son élection. Les dirigeants politiques, dans ce pays, croient en Dieu et respectent beaucoup les Églises et les religions en général.

Quant aux baptistes, dont vous êtes le principal représentant, quel rôle jouent-ils ?

Ils sont venus au Burkina cinquante ans plus tard que les Assemblées de Dieu (ADD, pentecôtistes). Ils rassemblent environ 200 églises. La plupart sont dans l’Union Baptiste, mais certains sont indépendants. Nous sommes mal répartis sur le territoire. Au Nord, nous n’avons pratiquement pas d’églises, sauf à Dori. Nous sommes surtout présents dans le centre, le centre-Sud, l’Est et Bobo-Dioulasso et environs. Nos relations avec les baptistes français sont inexistantes. En revanche, nous avons des liens avec les baptistes allemands. Ils ont aidé l’Association nationale de traduction, ont installé une imprimerie. Ce qui intéresse les baptistes, c’est d’abord d’aller évangéliser là où Jésus-Christ n’a pas été prêché, là où il n’y a aucune église. Nous ne sommes pas là pour faire concurrence. Gagner des âmes, c’est ce qui nous importe.

Comment voyez-vous la réalité protestante française ?

On aimerait encourager l’Eglise protestante, en France, à vraiment faire l’effort d’évangéliser. La foi a beaucoup baissé là-bas, beaucoup de Français vivent comme ça, comme si pratiquement Dieu n’existe pas. C’est un appauvrissement. L’homme doit reconnaître sa dimension spirituelle. S’il n’y a pas cette dimension spirituelle, nous sommes des animaux. Si l’homme croit qu’après la mort c’est terminé, c’est foutu. La terre, c’est un passage pour aller de l’autre côté ! Nous encourageons l’Église protestante en France à tout mettre en œuvre pour former des ouvriers qui vont aller dans la moisson. Que la Bonne Nouvelle soit annoncée. Il faut semer beaucoup. La Bible dit que celui qui sème peu moissonnera peu. La France s’est endormie, elle s’est beaucoup laissée envahir par les islamistes, qui mènent une politique de force. Le contraire de la Grâce que Jésus-Christ nous donne. Pour nous, depuis le Burkina, c’est comme si la France les a laissés faire ! Et elle récolte malheureusement les résultats. Je voudrais dire aux Français que si le christianisme n’occupe pas le terrain, d’autres vont venir l’occuper. D’abord dans les municipalités, dans les entreprises, la propriété foncière, puis petit à petit, à l’Assemblée nationale. Il faut faire très attention.

Et vous, au Burkina Faso, comment gérez-vous les relations avec l’islam ?

Nous sommes, au Burkina Faso, un pays particulier. Nous avons très à cœur la paix et la concorde, et nous travaillons beaucoup pour cela par des rencontres régulières. Nous avons de bonnes relations ici avec les leaders de l’islam. Je peux même dire qu’il n’y a pas de concurrence et de rivalité entre chrétiens et musulmans. Savez-vous que nous venons de bâtir une église dans un village auparavant 100% musulman, à la demande des musulmans ? Oui, ce sont les musulmans qui ont donné leur terrain aux baptistes.

Comment cela s’est-il passé ?

Nous étions dans une région très musulmane, et nous sommes allés faire une évangélisation. Dans ce village, qui s’appelle Mana, nous avions l’impression que la population ne répondait pas trop. J’étais découragé. Pourquoi les gens ne manifestent pas plus d’intérêt. Nous étions bredouilles. On a ramassé nos bagages et on partait. C’est là que le délégué du village, musulman, nous a appelés, il nous pose la question : « est-ce que vous êtes sérieux? » Nous disons « oui, bien-sûr ». Alors il nous répond : « Si vous êtes sérieux, nous aimerions qu’il y ait une église dans notre village. Si vous revenez pour la commencer, nous allons vous donner un terrain ». Nous avons parlé avec lui, et après, on a amené un cahier, qui a circulé, et nous avons vu que 17 personnes, dans le village, ont donné leur vie au Seigneur. Les noms étaient inscrits. Moi, en évangélisant, j’avais l’impression qu’il n’y avait personne d’intéressé ! Nous sommes ainsi repartis, puis revenus, le terrain a été donné, nous avons continué à évangéliser et nous avons bâti un local. Alors, les musulmans sont venus et ont rigolé. Ils ont dit : « c’est tout ? Vous êtes si pauvres, vous, les chrétiens, vous ne pouvez pas faire mieux que cela ? » Alors, nous avons retroussé nos manches et nous avons bâti en cette année 2015 une église plus grande, de 21m de long sur 9m de large. Les musulmans étaient contents. Dans le village, l’islam n’est pas tellement ancré. C’est une religion d’habitude, on va à la mosquée parce qu’il n’y a rien d’autre. Les musulmans, là-bas, ont montré beaucoup d’intérêt pour la foi chrétienne. Au Burkina, c’est la liberté. Beaucoup de musulmans deviennent chrétiens. Par contre, pour qu’un catholique devienne protestant, c’est nettement plus compliqué ici.

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