Centrafrique : “espérer contre toute espérance”

Centrafrique : “espérer contre toute espérance”

Alors que la situation en République centrafricaine reste explosive, entretien avec le pasteur Nicolas Guerekoyame-Gbangou, président de l’Alliance des évangéliques.

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Publié le 21 janvier 2015

Auteur : Marie Lefebvre-Billiez

Comment se passe la vie quotidienne à Bangui aujourd’hui ?

Elle est… indescriptible. Les Centrafricains perdent le cours de la vie habituelle. Ils sont dans la survie au jour le jour et ne savent pas ce qui arrivera demain. Cela concerne tous les aspects de la vie : alimentaire, sécuritaire, médical… Ils ne savent plus comment maintenir un rythme de vie normal. Ils prennent la fuite pour échapper à la mort, allant de lieux en lieux. Ils sont tantôt à l’aéroport, tantôt dans les locaux des Églises ou dans la brousse. Il n’y a pas un seul lieu fixe où les Centrafricains peuvent se réfugier pour sauver leur vie.

Quelle menace fuient-ils ?

Une menace armée : armes à feu et armes blanches, ainsi que les grenades qu’on ramasse à tout bout de champ et qui peuvent se transformer en armes redoutables. De plus, les maisons commencent à être détruites dans les quartiers. Tout ceci constitue des dangers permanents pour les vies humaines. Cela provient des comportements adoptés pendant la recherche du pouvoir par la Séléka, mais également par les anti-balaka et tous ces jeunes qui se laissent entraîner dans les deux camps.

Ma propre église en a fait les frais. Des gens s’étaient réfugiés à l’intérieur, mais le matin ils sont sortis, poussés par la curiosité. Ils voulaient savoir ce qui se passait de l’autre côté de la rue car des éléments des anti-balaka et de la Séléka se battaient. Cela a provoqué de la confusion et un attroupement devant le portail de l’église. Des hommes de la Séléka en fuite ont lancé trois grenades devant l’entrée du bâtiment. Il y a eu deux victimes : un grand garçon d’environ trente ans, qui a succombé le 1er janvier, et un petit de douze ans qui s’est évanoui mais qui, heureusement, a eu la vie sauve.

Combien de personnes accueillez-vous dans votre église ?

On peut l’estimer à plus de 10 000 personnes. Dans la journée, les gens sortent pour aller chercher de la nourriture pour survivre, mais le soir ils occupent toutes nos salles avec leurs couchettes. Nous avons un complexe scolaire dans l’enceinte de l’église et il ne reste plus une place de libre. […]

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