Sans la Réforme, pas de Suisse romande

Sans la Réforme, pas de Suisse romande

Les effets de la Réforme en Suisse et ses conséquences aujourd'hui.

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Publié le 24 mars 2015

Auteur : Vincent Volet

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Christophe Büchi, ancien correspondant de la « NZZ » pour la Suisse romande et auteur du livre « Mariage de raison », explique comment la Suisse peut tenir ensemble avec ses vingt-six cantons, ses quatre langues et sa diversité confessionnelle.

1. La Suisse, un pays très divisé

Incroyable à quel point la Suisse est divisée. Il y a les cantons, les langues, les religions… D’où vient donc un tel morcèlement et quelle en est la facette la plus problématique? Avant 1500, la division la plus forte était celle entre les cantons ville et les cantons campagne, raconte Christophe Büchi, auteur du livre «Mariage de raison». Les trois premiers cantons, ruraux, se sont associés avec des villes, Lucerne, Zurich, Zoug, puis Berne. Des conflits apparaissent lorsque Soleure et Fribourg veulent entrer dans l’alliance. Les cantons ruraux craignent le renforcement urbain qui risque de les minoriser et font opposition. L’ermite Nicolas de Flue trouvera une solution acceptable pour tout le monde. La Réforme apporte une autre division, religieuse, qui n’a pas coïncidé avec la précédente, même si les idées nouvelles avaient plus de succès dans les villes. Lucerne et Fribourg, par exemple, sont restées catholiques. Division supplémentaire, linguistique cette fois-ci, dès le XVIe siècle, la Suisse devient bilingue. Cette nouvelle frontière ne recoupe ni le partage ville-campagne, ni la séparation confessionnelle. Plutôt que de renforcer les divisions précédentes, elle les atténue. Ainsi des cantons francophones comme Genève et Vaud, du fait de la Réforme, vont se rapprocher de cantons alémaniques protestants comme Zurich. Les divisions ne sont qu’une face de la médaille, résume le journaliste historien. Elles ont séparé certaines communautés, mais elles ont été aussi l’occasion d’en rapprocher d’autres, en créant des liens entre Alémaniques et Romands.

2. La Réforme en Suisse, la foire d’empoigne

L’Allemand Martin Luther et le Zurichois Ulrich Zwingli étaient des quasi-contemporains, le premier naît en 1483, le second un an plus tard. Tous deux avaient l’idée de réformer l’Eglise de leur temps. Pourtant, ils n’arrivent pas à s’entendre et nourrissent, au-delà de différends doctrinaux, une franche détestation réciproque. Les invectives échangées, même ramenées aux façons brutales du XVIe siècle, moins politiquement correct que le nôtre, dépassent les limites. Zwingli est qualifié par Luther de « noix véreuse qui nous ch… dans la gueule ». Zwingli traite son adversaire de « cannibale », en référence à sa conception de la cène. Les deux réformateurs, de surcroît, ont produit une traduction réputée de la Bible en allemand. Cette concurrence déclenche une nouvelle salve d’amabilités, où l’Allemand dénonce le style « rustaud et hirsute » du Zurichois. La dispute doctrinale, qui a subsisté, a été l’occasion d’une nouvelle alliance en Suisse. Zwingli s’est rapproché de Calvin à Genève, pour donner au protestantisme suisse une couleur propre, différente du luthérianisme que les Allemands ont conservé. Sur le plan linguistique, en revanche, Luther a gagné la bataille, à l’écrit au moins, puisque les Alémaniques ont adopté l’allemand comme langue écrite. A la même époque, les Néerlandais ont fait un autre choix, en donnant une écriture à leur langue, qui est devenue langue nationale.

3. Les effets de la Réforme

La Réforme n’a donc pas été une catastrophe pour la Suisse. En même temps que les revers militaires, elle a fait renoncer les Suisses à leurs rêves de grandeur. Elle a permis une extension de la Suisse à l’ouest en incluant des cantons francophones, et elle a facilité la séparation des Alémaniques d’avec l’Allemagne et des Romands d’avec la France. […]

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