Guerre en Syrie : quand les voisins s'en mêlent

Guerre en Syrie : quand les voisins s’en mêlent

Alors que l’exode se poursuit, les civils se retrouvent otages d’une guerre militaro-diplomatique qui implique l’Arabie saoudite et la Turquie face à l’Iran et la Russie.

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Publié le 19 février 2016

Entretien avec Fabrice Balanche, chercheur invité au Washington Institute for Near East Policy, spécialiste de la Syrie.

Propos recueillis par Nathalie Leenhardt et Louis Fraysse.

Pourquoi la bataille d’Alep est-elle déterminante ?

Alep, deuxième ville du pays, est partagée entre la rébellion et l’armée syrienne depuis juillet 2012. Menacée de tomber complètement entre les mains des rebelles à trois reprises, elle devrait être entièrement reconquise par l’armée syrienne dans les mois à venir. Après avoir coupé la principale route qui reliait les rebelles à la Turquie, l’armée syrienne se prépare à les encercler complètement et attendre leur reddition comme ce fut le cas à Homs au printemps 2014. À partir d’Alep, l’armée syrienne pourra reprendre le nord-ouest du pays et se rapprocher du PYD (parti kurde) qui contrôle l’enclave kurde d’Afrin et cherche à faire la jonction avec le reste du Rojava (territoire kurde autoproclamé). L’objectif est de fermer la frontière turque afin que les rebelles de la province d’Idleb soient pris dans une nasse. Alep constitue également une base d’attaque contre l’État islamique, mais cela ne semble pas être la priorité pour l’instant.

La situation militaire est-elle aujourd’hui favorable au régime ?

Grâce à l’intervention russe et au renfort de dizaines de milliers de combattants chiites venus d’Irak et d’Iran – les réfugiés chiites afghans –, l’armée syrienne a repris l’offensive depuis septembre dernier. Même si les gains territoriaux sont limités (900 km2, soit 0,5 % du territoire), ils sont très importants. La stratégie russe consiste à protéger le réduit alaouite où la Russie a installé ses bases logistiques, à renforcer Bachar el-Assad en repoussant les rebelles de la proximité des grandes villes et enfin à couper leurs lignes d’approvisionnement.

Les deux premiers objectifs ont été couronnés de succès. Le dernier objectif est à moitié atteint. La Russie et ses alliés possèdent les moyens de leur ambition, la faiblesse de l’armée syrienne est compensée par la supériorité aérienne, le renfort du Hezbollah et des milices chiites, et la division des rebelles.

Comment la Russie et l’Iran se partagent-ils le territoire ?

La Russie apporte sa puissance aérienne. L’Iran, lui, assure l’envoi de combattants chiites. […]

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