La Bosnie-Herzégovine dans l’impasse

La Bosnie-Herzégovine dans l’impasse

Malgré la paix, la Bosnie-Herzégovine peine à se relever de la guerre qui l’a meurtrie entre 1992 et 1995.  Les accords de Dayton ont débouché sur une gouvernance pléthorique qui favorise les intérêts communautaire. Une réforme des institutions devient indispensable.  

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Publié le 6 mars 2015

Auteur : Louis Fraysse

Vingt ans après le début d’une guerre qui a fait plus de 100 000 victimes et déplacé au moins deux millions de personnes, la Bosnie-Herzégovine est sous perfusion. Pauvreté endémique, taux de chômage qui oscille selon les estimations entre 25 et 40 % pour une population de 3,8 millions d’habitants, le pays sombrerait sans l’aide internationale. La Bosnie n’a toujours pas retrouvé son niveau économique d’avant-guerre. La situation politique, elle, n’est guère plus reluisante puisque le pays est ni plus ni moins dans l’impasse, bloqué.

En Bosnie-Herzégovine cohabitent trois communautés. Les Bosniaques, musulmans, représentent 48 % de la population, les Serbes, essentiellement orthodoxes, 37 %, et les Croates, très majoritairement catholiques, 14 %. Depuis l’accord de Dayton, signé à Paris en décembre 1995 et qui marque la fin de la guerre, l’État de Bosnie-Herzégovine est formé de deux « entités ». La Fédération de Bosnie-et-Herzégovine, également appelée Fédération croato-bosniaque, qui occupe 51 % du territoire, et la Republika Srpska (République serbe), qui en occupe 49 %. De plus, la Fédération croato-bosniaque est elle-même subdivisée en 10 cantons.

La machine politique et administrative est pour le moins pléthorique : la Bosnie-Herzégovine compte en effet treize gouvernements ! Celui de l’État central, ceux des deux entités, et ceux des dix cantons de la Fédération. À cela il faut ajouter l’OHR, le Haut représentant de la communauté internationale, actuellement l’Autrichien Valentin Inzko, qui peut notamment annuler ou imposer des lois, et même démettre certains élus. Dès lors, la moindre tentative de changement relève bien souvent de la gageure. À la suite des élections tenues en octobre 2010, la Bosnie a ainsi mis seize mois à constituer un gouvernement, les différents partis, pour la plupart nationalistes et « communautaires », ne parvenant pas à tomber d’accord sur le partage des ministères.

« Il faut avant tout savoir que ce blocage politique profite à ceux qui au sein de chaque communauté veulent rester au pouvoir, notamment les nationalistes », explique Christophe Solioz, secrétaire général du Center for European Integration Strategies, basé à Genève. Pour ce fin connaisseur de la région, une solution de compromis serait de mettre en place un « nouvel accord de Dayton ». Un tel accord inviterait les Bosniaques, Bosno-Serbes et Bosno-Croates à rédiger une nouvelle Constitution légitimant le terme de « Bosnien », pris dans le sens de « citoyen de la Bosnie-Herzégovine », indépendamment des communautés d’origine. Il prévoirait également la suppression à terme de l’OHR et de la tutelle internationale sur le pays. Mais surtout, il aboutirait à un redécoupage du territoire.

Un nouveau Dayton

« Il faut absolument enlever un échelon de pouvoir, explique Christophe Solioz. On pourrait par exemple supprimer les deux entités et les cantons pour les remplacer par cinq à sept régions, qui ménageraient l’ancrage local des différentes communautés tout en permettant un meilleur brassage des populations. Cette entreprise permettrait surtout d’unifier le pays sur les plans géographique et économique. »

Cependant, un tel redécoupage est loin de faire l’unanimité. Au sein de la Republika Srpska, les nationalistes bosno-serbes ne veulent pas entendre parler d’une disparition de leur entité, acquise de fait à la suite de la guerre. Plus prosaïquement, au sein de la Fédération croato-bosniaque, les ministres et les députés de chacun des dix cantons rechignent à l’idée de perdre leur emploi et leur clientèle. Pis, la communauté internationale elle-même semble se satisfaire du statu quo.

« Aujourd’hui, avec la paix qui semble durable, la Bosnie-Herzégovine n’est plus une priorité diplomatique, note Christophe Solioz. Il y a aussi l’idée chez les diplomates qu’en réformant Dayton on ouvre la boîte de Pandore, avec pour risque principal un retour de la violence. Ils jugent que c’est un pari beaucoup trop risqué. »

L’entreprise est d’ailleurs d’autant plus laborieuse que les différents acteurs, États-Unis, Russie et pays de l’Union européenne, sont loin d’avoir réglé leurs désaccords quant à la solution à appliquer.

Rare point positif, l’action du TPIY (Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie), mis en place en 1993 par le Conseil de sécurité de l’ONU. Longtemps décrié pour sa lenteur et son coût, il a permis l’arrestation d’un grand nombre de criminels de guerre, notamment Radovan Karadzic et Ratko Mladic, respectivement chef politique et chef de l’armée des Serbes de Bosnie, en 2008 et 2011. Un travail de mémoire, tout modeste qu’il soit, a pu voir le jour dans le pays.

Autre source d’espoir, l’attrait de l’Union européenne. Alors que la Croatie devrait intégrer l’Union en 2013, la Serbie a obtenu le statut de pays candidat en mars dernier. Des avancées qui ne peuvent qu’encourager les Bosniens à réformer leurs institutions.

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