La maison Fowler au Caire : un étonnant lieu de vie

La maison Fowler au Caire : un étonnant lieu de vie

Regard sur près de dix ans du Projet Egypte : une histoire de fraternité entre jeunes Cairotes et Alsaciens.

Un contenu proposé par Le Levant

Publié le 19 février 2019

Pourquoi revenir année après année avec des ados, des jeunes adultes, des animateurs et des collègues pasteurs visiter la maison Fowler, nouer des liens d’amitié avec les jeunes filles qui y résident, partager de précieux moments d’échange et d’écoute avec Sœur Marie-Venise, la directrice égyptienne ? Pourquoi ce lieu étranger nous est-il devenu familier au point de s’y sentir à chaque fois pleinement accueillis ?

Il y a pour moi quelque chose de l’ordre de la grâce dans la relation qui s’est nouée avec cette maison et les personnes qui y vivent: un lien de confiance nous est donné entre français et égyptiennes, une sorte d’amitié inattendue composée de respect, d’attention et de complicité nous est offerte. La grâce ne s’explique pas, elle se reçoit avec reconnaissance et s’exprime autant dans le rire aux éclats que dans l’émotion plus intime. Elle est un don de Dieu qui nous rend humbles et nous remplit de gratitude à l’égard de ce que l’autre nous offre par sa simple présence.

La maison Fowler est un lieu unique à plusieurs égards. Autrefois orphelinat la maison pourrait se définir aujourd’hui comme un foyer d’accueil pour de jeunes filles chrétiennes issues des trois confessions, coptes orthodoxes, protestantes et catholiques. En Egypte généralement les œuvres religieuses s’adressent aux personnes de même confession que l’institution mais à Fowler ce qui compte c’est d’abord l’accueil de jeunes filles dont les familles vivent des situations sociales si compliquées que les enfants sont en réel danger d’une manière ou d’une autre. C’est bien ce souci d’ouverture aux plus défavorisées qui a convaincu Sœur Marie-Venise, catholique, de répondre il y a vingt ans à l’appel du pasteur en charge de cette œuvre protestante recevant en majorité des filles coptes orthodoxes ! Ce n’est pas rien dans un pays où l’appartenance religieuse définit si fortement votre identité et une grande part de la reconnaissance – ou de la discrimination – sociale.

Autre particularité: l’accent mis sur l’éducation !

La plupart des orphelinats égyptiens proposeront un parcours scolaire de faible niveau avec à la clé un métier socialement peu valorisé. Il faudrait également préciser que l’éducation nationale proposée par le gouvernement égyptien fait face à de nombreuses difficultés qui ont notamment pour conséquence l’obligation de suivre, pour ceux qui veulent réussir et qui en ont les moyens financiers, des cours privés onéreux.

A Fowler, Sœur Marie-Venise œuvre non seulement pour la dignité de chacune de ses protégées – elle connaît l’histoire de vie et la personnalité de chacune – mais elle amène chacune d’elle à donner son meilleur au niveau scolaire. Sur les 75 filles accueillies, âgées de 3 à 18 ans, environ la moitié suivent un enseignement francophone donné dans une école catholique, et plus de 20 jeunes femmes étudient aujourd’hui à l’université grâce au soutien de la maison. En 9 ans nous avons ainsi vu grandir et réussir des jeunes filles qui partaient de situations humaines, psychologiques et sociales désastreuses et qui peuvent maintenant construire leur vie : vétérinaire, infirmière, professeure, éducatrice… Quel bond social et quelle joie dans leur réussite et dans leur épanouissement! Bien sûr il y a aussi des filles qui vont sortir de leur condition sociale à travers un «bon mariage» que leur éducation permettra de favoriser. Dans le contexte égyptien, traditionnel et conservateur, la condition de la femme est un combat de première importance. Sœur Marie-Venise dialogue avec les familles pour qu’elles comprennent l’importance de l’éducation et que les coutumes se vivent de manière moins stricte et au mieux pour les jeunes femmes.

Bien sûr, les défis quotidiens de la maison sont énormes et mettent la foi de Sœur Marie-Venise à l’épreuve. Notre logique occidentale, elle, s’interroge sur le comment du pourquoi du fonctionnement de l’institution et doit parfois se laisser surprendre pour comprendre le bien-fondé des décisions de la directrice dont la force de caractère est à la fois admirable, nécessaire et de temps en temps déroutante ! Il y aussi quelques échecs toujours difficiles à vivre, même s’ils sont peu nombreux. Mais quoi qu’il arrive, Sœur Marie-Venise reste un soutien pour toutes ces filles et il faudrait plus de pages pour décrire l’état d’esprit de la maison qu’elle arrive à instaurer et partager à travers une alliance de vie spirituelle, d’autorité, de pédagogie, d’intelligence relationnelle et d’amour du prochain. Pour en savoir plus pourquoi ne pas nous inviter pour une prochaine animation missionnaire ou participer au prochain voyage des jeunes ?

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Le Levant est le périodique de l’Action Chrétienne en Orient (ACO), organisme missionnaire fondé dans les Églises protestantes historiques d’Alsace Moselle. Il paraît une fois par an sous forme d’un dossier sur un pays du Moyen-Orient.

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