La « méritocratie tronquée » de Margaret Thatcher

La « méritocratie tronquée » de Margaret Thatcher

L'ex-Premier ministre du Royaume-Uni Margaret Thatcher, dont les obsèques ont fait polémique, a basé sa politique sur ses conceptions religieuses et sa foi en l’individu.

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Publié le 17 avril 2013

Auteur : Marie Billon

Elle était lucide. « Il nous reste encore à trouver une manière de faire cohabiter la charité chrétienne et une politique sociale viable ». Cette phrase, Margaret Thatcher l’a écrite en 1995, cinq ans après avoir quitté le pouvoir, un peu comme un aveu d’échec. Elle qui s’est tant réclamée des valeurs chrétiennes pour expliquer ses politiques a eu les pires relations possibles avec l’Église d’Angleterre. Dès son entrée en politique, Margaret Thatcher a avoué avoir été fortement influencée par la religiosité de son père, un prédicateur laïc méthodiste. C’est lui qui l’a poussée à s’engager dans la vie publique.

De petit épicier local, il est devenu, pour une courte période, maire de Grantham, à l’est de l’Angleterre. Sa fille en gardera la conviction inébranlable que, quelle que soit sa situation, il suffit de se donner les moyens pour réussir. Comme son père avait voulu le faire au niveau local, Margaret Thatcher a cherché à mettre en cohérence ses convictions religieuses et la politique. La responsabilité individuelle et l’effort sont des valeurs fondamentales du méthodisme, cette branche du protestantisme née au XVIIIe. Celle qui deviendra « la Dame de fer » n’a pas abandonné ses convictions en se convertissant à l’anglicanisme dans les années 1950. En 1981, le Premier ministre en a déduit que « c’est à l’individu que les dix commandements s’adressent. »

La liberté de choix et la responsabilité individuelle furent donc les bases de sa politique, et, pour elle, l’effort était indissociable de ces deux notions. « La raison fondamentale de notre présence sur cette terre est de s’améliorer pour être prêt pour la vie d’après », avait-elle déclaré en 1987. C’était une conception « simpliste » selon l’ancien évêque Michael Hare Duke. Le prélat s’était prononcé après le discours que Margaret Thatcher a donné en 1988, devant l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse, où elle tentait une nouvelle fois d’expliquer sa politique par sa foi. « Manifestement, elle était une amatrice donnant des conseils à des professionnels, mais ça ne l’empêchait pas de penser que les Écritures étaient de son côté », a estimé l’évêque. […]

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