La Réforme protestante au Moyen-Orient

La Réforme protestante au Moyen-Orient

2017 marque le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Au Proche-Orient, elle est présente depuis à peu près 200 ans. Quelle était cette « Réforme » qui atteignit le Moyen-Orient 300 ans après la Réforme européenne ?

Un contenu proposé par Le Levant

Publié le 2 novembre 2017

Avec l’aimable partenariat de Proche-Orient chrétien, la revue œcuménique de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

Situation actuelle et perspectives futures. Par George Sabra, président et professeur de théologie systématique de la Faculté de Théologie Protestante de Beyrouth (NEST)

Identité et caractère des protestant à leur arrivée au Moyen-Orient

La Réforme qui toucha ces pays était une version de la Réforme européenne passée par le mouvement revivaliste de la fin du XVIIIe, missionnaire évangélique et piétiste. Cela influa sur l’identité de la Réforme protestante qui émergea au Moyen-Orient et de sa perception par les autochtones qui l’adoptèrent. On
pourrait la résumer en quatre points :

1. Etre protestant ou évangélique (les termes sont synonymes) est au départ être une personne ayant passé par une conversion et dont la vie se centre sur l’appropriation de la Bible. Vous êtes « réformé » si votre vie présente un renouveau en accord avec les exigences de l’Evangile.
2. Les doctrines, les croyances et la théologie n’étaient pas essentielles. Les missionnaires ne cessaient de répéter «Nous n’avons pas d’autre credo que la Bible».
3. Le confessionnalisme par conséquent était très faible.
4. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, être protestant prend un sens nouveau. Vous êtes « réformé » si vous êtes éclairé et rationnel, l’essence du christianisme était vue en termes de conduite morale plutôt que de doctrines et rites surnaturels. C’est ce qu’on appelle « le protestantisme culturel ».
Où en sont les protestants chez nous aujourd’hui ?

L’état actuel de la « Réforme» ou la présence évangélique dans cette région

1. Aucune église protestante du MoyenOrient ne peut affirmer qu’1% de sa population est protestante. Mais le nombre n’est pas un critère de vitalité, de valeur ou de vérité.
2. Les Églises protestantes sont une petite minorité (500000) au sein d’une plus grande minorité, les chrétiens au MoyenOrient (15 millions).
3. Les Églises de la Réforme sont affectées par l’émigration. Les protestants dont l’éducation les a traditionnellement tournés vers l’occident ont plus volontiers émigré que d’autres.
4. Les Églises protestantes sont une minorité divisée en dizaine d’Églises, de groupes et de sectes. La décision de quelques Églises évangéliques de s’investir dans le mouvement œcuménique a causé une nouvelle rupture. Certains sont persuadés que le mouvement œcuménique est l’œuvre du Saint Esprit, d’autres restent indifférents et d’autres encore pensent que c’est l’œuvre du diable.
5. Des Églises d’Orient plus anciennes accusent les Églises Évangéliques de faire du prosélytisme, de voler des brebis d’autres troupeaux chrétiens, alors que ce sont les mouvements non-œcuméniques qui font cela. Cela marginalise les Églises protestantes.
6. La grande proximité avec l’Occident a permis aux protestants d’avoir les moyens et les institutions qui dépassent de loin leurs capacités locales pour jouer un rôle religieux, culturel et social dans les sociétés. Mais beaucoup se posent la question : sommes-nous d’Orient ou d’Occident ? Depuis l’établissement de l’état d’Israël soutenu par l’Occident, maintenu par sa volonté et son aide matérielle, les connexions protestantes occidentales sont embarrassantes.
7. Les Églises de la Réforme et les chrétiens ici vivent le contexte musulman. Avec l’apparition du fondamentalisme islamique, la situation est devenue encore plus difficile, et certains ne voient pas d’avenir pour eux ici et émigrent.
8. Les protestants vivent dans les conflits du MoyenOrient. Le conflit avec Israël affecte les chrétiens : certaines Églises Évangéliques d’Occident adoptent une interprétation biblique pro-sioniste. La lutte entre chiite et sunnites aussi met les chrétiens pris entre les deux en danger.
9. Les protestants vivent dans une société où ils sont protestants par naissance. Ces protestants sociologiques sont de la responsabilité des Églises dans de nombreuses affaires civiles et religieuses. Ainsi les «Églises » protestantes doivent être plus et autre chose que des « communautés de croyants en Jésus Christ» – une compréhension non-évangélique de l’église !
10. L’héritage évangélique a élevé des générations de protestants dans la conviction que la sphère publique doit être séparée de la sphère de la foi. Ce n’était ni l’impulsion première de la Réforme ni la seule interprétation de l’Évangile de Jésus Christ. Quelques Églises protestantes se sont alliées à des régimes répressifs qui sont actuellement contestés ou ont été défaits (Irak, Egypte, Syrie). Cela concentre les Églises protestantes sur leur survie ce qui est discutable du point de vue de l’Évangile.
11.  L’héritage protestant dans les sociétés du Moyen-Orient (éducation, service social et de santé, renaissance intellectuelle, éducation des femmes, etc…) est source de fierté, mais que proposer aujourd’hui ? Les protestants ne sont plus les seuls ni plus qualifiés que d’autres.

Le rôle futur des protestants du Moyen-Orient

Quel est le message de la Réforme pour le troisième millénaire ? Proclamer l’évangile de Jésus Christ dans un contexte spécifique à partir de trois contributions de base :
1. La présence protestante au Moyen-Orient est indispensable pour compléter les relations œcuméniques entre catholiques et orthodoxes.
2. Le témoignage protestant au Moyen-Orient fait le lien entre l’Orient et l’Occident. Les protestants dans cette région du monde ont joué et jouent un rôle de médiateur culturel, théologique et spirituel entre l’Occident et l’Orient, qui a traduit et interprété l’Orient chrétien à l’Occident.
3. Le message de la présence et du témoignage protestante est l’incarnation de la dimension prophétique chrétienne dans cette partie du monde.
Il y a deux courants religieux. Le premier s’exprime dans ses formes sacramentelle, sacerdotale et de culte. Le second courant rejette toute représentation du divin et s’oppose à un ritualisme excessif.
Les formes traditionnelles catholiques et orthodoxes du christianisme sont connues pour être l’incarnation du premier courant. La Réforme protestante se voit comme un renouveau de la dimension prophétique, et c’est ce qu’elle doit attester. Pour les protestants, c’est une part de leur identité !
Ce rôle prophétique est double : en interne et en externe. D’une part, les grands préceptes de la Réforme doivent toujours à nouveau être rappelés avant d’être proclamés aux autres. Les protestants doivent se demander s’ils n’ont pas trahi le solus Christus (par leurs hommages aux dictateurs) le sola gratia et le sola fide (présence en spiritualité, pratiques d’Églises et structures ?) de même que le sola scriptura et le sacerdoce universel de tous les croyants. Le témoignage à ces principes de la Réforme doit se faire avec amour et respect, dans un esprit œcuménique.
D’autre part, les protestants doivent identifier les défis contextuels des sociétés moyen-orientales et discerner où et comment ils peuvent jouer un rôle. La plus grande crainte au Moyen-Orient est la montée du fondamentalisme. Défaire l’extrémisme religieux est une tâche qui servirait tous les peuples du Moyen-Orient !

Défaire l’extrémisme religieux

Les Églises protestantes peuvent y contribuer de manière constructive dans au moins deux domaines significatifs. En premier, en sécularisant la société. La sécularisation est le refus de déifier tout système de pensée ou d’institution humaine. Pour l’Occident, la sécularisation est un moyen d’empêcher l’état d’interférer dans l’église ou les affaires religieuses. Cela permet une compétition pacifique entre les religions et Églises dans une société qui garantit la liberté individuelle de conscience et de croyance. Cette idée s’applique aussi aux institutions islamiques, de plus en plus nombreuses à être convaincues que les pouvoirs politique et religieux ne doivent pas être identiques.
En second, en promouvant le rôle des femmes dans l’Église et la société. En ouvrant la première école pour filles à Beyrouth en 1835, les protestants ont été pionniers. Leur histoire, leur théologie de la liberté chrétienne, impliquent qu’ils sont préparés à jouer un rôle dans la société et dans d’autres Églises pour les questions concernant les femmes.
Le traditionalisme étouffant des chrétiens traditionnels d’Orient empêche le dialogue œcuménique sur le sujet de l’accès des femmes au plein ministère. Les protestants ont une mission que nul autre ne peut remplir. «Éduquer les femmes pour battre le fondamentalisme » était l’appel du président de la récente confédération des communautés marocaines en Italie. Cette demande exprime une idée juste qui s’applique au fondamentalisme où qu’ils soit – dans le judaïsme, la chrétienté et l’islam.

Un espoir

Mon espoir est que tous les dirigeants et responsables protestants comprennent que leur contribution à la cause de l’Evangile serve la présence chrétienne dans cette partie du monde. Cela se réalisera en travaillant ensemble au service des autres, pour renforcer notre témoignage prophétique à l’Evangile de l’amour, annonce du Royaume de Dieu.

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Le Levant

Le Levant est le périodique de l’Action Chrétienne en Orient (ACO), organisme missionnaire fondé dans les Églises protestantes historiques d’Alsace Moselle. Il paraît une fois par an sous forme d’un dossier sur un pays du Moyen-Orient.

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