Situation des chrétiens dans le monde arabe

Situation des chrétiens dans le monde arabe

Michel Nseir, responsable des programmes du Moyen-Orient au Conseil oecuménique des églises, livre son analyse.

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Publié le 2 décembre 2014

Auteur : Élise Perrier

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Entretien réalisé par Emmanuel RollandDans son petit bureau du Conseil œcuménique des églises, au milieu de livres écrits en arabe, en anglais et en français, Michel Nseir, responsable des programmes du Moyen-Orient, est épuisé. Épuise par les guerres, les massacres en Syrie et en Irak, les négociations bloquées entre Palestiniens et Israéliens et les tensions en Égypte, au Liban et partout dans la région. Si son domicile professionnel est bien à Genève, son cœur de Libanais orthodoxe, lui, est au loin, auprès de ces populations martyres.

Michel Nseir, de quoi les chrétiens dans le monde arabe sont-ils victimes ?

Quand on parle des chrétiens du monde arabe, il ne faut pas perdre de vue qu’ils sont une composante de ces sociétés depuis le début du christianisme. Aujourd’hui, ces chrétiens sont devenus des citoyens égyptiens, syriens, irakiens, libanais, jordaniens et palestiniens. Ils sont victimes des mêmes difficultés que l’ensemble des autres citoyens. Tous les régimes de ces pays sont soit féodaux, soit militaires, soit totalitaires – souvent un mélange de tout cela –, des régimes qui utilisent la violence systématique pour réprimer toute opposition, d’où qu’elle vienne. Ils ne font aucune distinction entre chrétiens et non-chrétiens.

Les chrétiens ne sont donc pas persécutés en tant que chrétiens ?

Quoique originaires et enracinés dans la région, les chrétiens sont une minorité numérique dans des sociétés en profonde crise et en pleine transformation. Ils sont le maillon le plus faible, donc les plus exposés à la violence qui les entoure. Ce sont eux qui ont le moins de moyens de défense au moment où les gouvernements en place ne sont plus en mesure de protéger leur population. Mais savez-vous qu’en Egypte, en Syrie et en Jordanie, pour ne citer que ces exemples, c’est le Parti des frères musulmans qui a été systématiquement opprimé depuis des décennies ? L’expérience vécue durant un demi-siècle dans les pays arabes, c’est la répression qui s’abat sur tous, plus encore sur les musulmans que sur les chrétiens.

Comment s’explique cette violence à l’encontre de communautés religieuses ?

Dans les sociétés du Moyen-Orient, la religion joue un rôle très important dans la vie publique. On assiste à une politisation de la religion. Plus dangereusement encore à une « sacralisation » de la politique, où des éléments religieux sont utilisés en politique pour justifier telle ou telle mesure. L’exemple qui me vient à l’esprit, c’est Netanyahou qui – s’exprimant aux Nations unies – utilise la Torah pour nous expliquer que la terre d’Israël appartient depuis plus de 3000 ans au peuple juif. Après, les musulmans peuvent répliquer : « La terre où nous vivons est un don de Dieu. » Au Moyen-Orient, il y a un amalgame, une confusion, un mélange par nature explosif entre religieux et politique qui explique que les communautés religieuses sont profondément impliquées dans les conflits.

Beaucoup reprochent aux religions de nourrir la violence.

Les chrétiens de ces pays, ainsi que les musulmans, vivent dans des sociétés qui ne sont pas démocratiques et sous des régimes qui ne respectent ni le droit ni la dignité humaine, sans mentionner le développement inéquitable sur le plan économique avec une répartition des richesses profondément injuste. L’oppression politique, l’inégalité économique, la corruption qui gangrène ces pays sont plus vraisemblablement les réelles causes de la violence.

Les chrétiens de ces régions vivent dans des sociétés majoritairement musulmanes…

Oui, dans des sociétés musulmanes en transformation où les manifestations de violence sont insoutenables. Est-ce pour autant qu’on peut dire que l’islam est violent par nature ? Les chrétiens, durant ces 1400 dernières années, ont dû s’accommoder de différents modèles islamiques. Il y a eu des persécutions qui ont suivi des âges d’or. Mais chacun sait qu’au moment où l’islam vivait ses « lumières », les chrétiens, eux, sombraient dans la barbarie. Il a fallu aux chrétiens un long cheminement avant d’intégrer la modernité dans leur théologie. Et pourtant, même aujourd’hui, certains sont encore capables de théoriser le rejet de l’autre de la manière la plus extrême.

Comment sortir de la violence ?

Il faut trouver des valeurs religieuses et sociales communes qui permettent l’émergence d’un nouveau modèle de société, d’un nouveau pacte social où les non croyants auront aussi leur place. C’est un travail que les chrétiens et les musulmans doivent faire ensemble avec une coalition des forces de modernité qui croient en la diversité et en la dignité de la personne humaine. A moyen terme, on doit parvenir à séparer le religieux du politique et vice-versa !

Comment les chrétiens d’Europe peuvent-ils contribuer à ce processus de pacification ?

Il faut développer une « solidarité critique » envers les Églises de la région. Je m’explique : selon l’Évangile, il est impératif de manifester une sympathie et un soutien fraternel en ces circonstances tragiques. Mais en même temps, il faut encourager les chrétiens du Moyen-Orient à transformer leur peur de disparaître en un courage et un espoir d’exister. Cela n’est possible que si on les aide à s’engager dans ce mouvement de transformation de leur société. Mais aussi, il ne faut pas que les chrétiens soient perçus comme des soutiens de régimes arbitraires, injustes et répressifs.
Nous devrions prier non seulement pour les centaines de milliers de chrétiens réfugiés et persécutés, mais aussi pour les millions qui partagent exactement le même sort alors qu’ils ne sont pas chrétiens.

Quand vous entendez que les Européens sont prêts à favoriser l’accueil de leurs « coreligionnaires » persécutés, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Comme chrétien, je vois le Christ dans toute personne qui souffre, dans chaque personne marginalisée qui a faim, qui a froid, qui est persécutée. Le Christ ne m’a jamais appris que mon prochain était mon « coreligionnaire ». […]

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