Dans son livre Divine blessure, Jacqueline Kelen raconte qu’un jour dans le métro elle a lu une publicité sur la vitre d’un distributeur de confiseries : « Vous avez faim ? N’attendez pas ! » Elle s’est sentie insultée par cette phrase car pour elle c’est justement sa faim qui la rendait vivante. La dignité de notre personne est que nous restons des êtres de désir. En écho à cette réflexion, Oscar Wilde a écrit : « En ce monde, il n’y a que deux tragédies. L’une consiste à ne pas obtenir ce qu’on désire et l’autre à l’obtenir. Cette dernière est de beaucoup la pire – cette dernière est une réelle tragédie. »

Si vous demandez à un enfant quel jour il préfère entre la veille de Noël et le lendemain de la fête, il vous répondra que l’attente est préférable à la possession.
L’Avent est l’attente de ce qui advient. Le mot a la même étymologie que aventure. Quand Dieu vient à nous, c’est toujours une aventure.


L’attente comme définition de la foi

Dans la Bible, le père de la foi est Abraham car il est le premier à s’être mis en route pour répondre à l’appel de Dieu, au nom d’une promesse : Je te donnerai une terre et une descendance. Un chapitre de l’épître aux Hébreux consacré aux grands hommes de foi écrit à propos d’Abraham : « Il est mort sans avoir obtenu les choses promises, mais il les a vues et saluées de loin en confessant qu’il était étranger et immigrant sur la terre1. »
À la fin de la vie d’Abraham, le bilan de la promesse qui est à l’origine de sa vocation reste modeste. Il n’a eu qu’un fils avec Sarah… vingt-cinq ans après avoir répondu à l’appel de Dieu, et la seule terre qu’il ait jamais possédée est le caveau dans lequel il a enterré sa femme. Pourtant aujourd’hui, trois mille cinq cents ans plus tard, qui peut dire que cette promesse ne s’est pas réalisée ?
La foi d’Abraham n’a pas été une marche qui l’a fait aller de réussites en bénédictions et de succès en victoires, mais dans les méandres de son histoire il n’a jamais cessé d’attendre. L’apôtre Paul a dit à son sujet qu’il a espéré contre toute espérance2. Pour lui la foi n’était pas une possession, mais une quête, un désir, une brûlure. L’homme de foi sait garder les mains ouvertes.

Un verset de l’évangile apocryphe de Thomas met dans la bouche de Jésus la déclaration suivante : « Je me suis tenu debout au milieu du monde, et je me suis manifesté à eux dans la chair ; je les ai trouvés tous ivres ; je n’en ai trouvé aucun d’entre eux qui eût soif3. »


L’attente comme attitude spirituelle

En écho à la foi d’Abraham, le philosophe Lessing a écrit : « La valeur de l’homme ne réside pas dans la vérité qu’il possède, ou qu’il croit posséder, mais dans la peine sincère qu’il assume en la cherchant. Car ce n’est pas la possession, mais la recherche de la vérité qui accroît ses forces. La possession rend tranquille, paresseux, orgueilleux. Si Dieu tenait enfermée dans sa main droite toute la vérité, et dans sa main gauche l’unique et mobile impulsion vers la vérité, et s’il me disait : ″Choisis !″, je me prosternerais humblement devant sa main gauche et je dirais : ″Donne, Père ! car la vérité pure n’est que pour toi seul !“ » Le but ultime de la foi est de rester en quête. Lessing préférait voguer sur l’océan que d’être arrivé au port.

Dans une interview, le rabbin Adin Steinsaltz raconte qu’un de ses amis a obtenu le prix Nobel de physique. Il lui a posé la question de savoir si, dans son éducation, un élément permettait de comprendre qu’il ait atteint un tel niveau d’excellence. Son ami a répondu : « Quand j’étais enfant, lorsque je rentrais de l’école, mon père ne me demandait jamais si j’avais eu de bonnes notes, il me disait toujours : “As-tu posé quelques bonnes questions aujourd’hui ?“ »

Vivre l’Avent est une façon de ne jamais éteindre la question de Dieu, une étape sur le chemin qui conduit au prix Nobel de la foi !


L’attente comme protestation face au mal

Jésus a raconté la parabole des dix vierges pour souligner le verset qui la conclut : « Veillez puisque vous ne savez ni le jour ni l’heure4. » Veillez dit l’évangile, ne vous laissez pas assoupir par le temps qui passe ou le découragement qui use, persévérez, restez fidèles, n’abandonnez jamais le combat contre la dégradation de l’étonnement.

Lorsque nous prions le Notre Père, nous commençons par dire : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » Si nous le prions, c’est que nous savons que ce n’est toujours le cas. Dans le temps de l’Avent, nous sommes tendus vers l’attente de la sanctification du nom de Dieu, la venue de son règne et l’accomplissement de sa volonté.
Où est Dieu quand la maladie frappe à notre porte ? Où est Dieu quand les bombes explosent ? Où est Dieu quand les inondations détruisent et quand la sécheresse anéantit le travail des humains ? Où est Dieu ? Nous protestons pour ne pas nous résigner et nous affirmons que nous l’attendons, nous attendons sa venue, son royaume, sa victoire.

Il faut être riche, heureux et en bonne santé pour ne pas attendre Dieu. Et même quand on est riche, heureux et en bonne santé, nous pouvons encore attendre pour nos frères et sœurs qui sont dans l’épreuve. Notre attente se transforme alors en prière :

  • Viens Seigneur Jésus, viens pour cette mère de famille qui a perdu un enfant et qui ne s’en remet pas !
  • Viens pour cet homme seul qui meurt dans un lit d’hôpital !
  • Viens pour les populations désespérées qui subissent la violence de la nature et l’injustice des hommes !
  • Viens pour ceux qui subissent la guerre et ceux qui la font !
  • Viens pour ceux qui n’ont plus d’espérance ni d’avenir !
  • Viens pour ceux qui n’attendent plus rien !

[1] Hé 11.13.
[2] Rm 4.18.
[3] Évangile de Thomas, verset 28.
[4] Mt 25.1-13.


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