Bras de fer entre le ministère et les avocats

Bras de fer entre le ministère et les avocats

L’aide juridictionnelle qui permet aux plus démunis d'être défendus gratuitement est à l'origine de tensions.

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Publié le 2 juillet 2014

Auteur : Laure Salamon

Le 5 juin, puis le 26, les avocats faisaient grève dans toute la France pour faire pression sur le gouvernement à l’heure du vote budgétaire. En cause, le financement de l’aide juridictionnelle (AJ). Cette aide accessible aux personnes dont les revenus mensuels sont inférieurs à 929 euros permet à tous de bénéficier de la présence d’un avocat qui est rémunéré par l’État. « La rémunération de l’AJ est dérisoire », s’insurge une avocate du Val-d’Oise. « Je travaille dix-huit heures sur le dossier d’une femme victime de violences conjugales, complète une autre avocate de Seine-Saint-Denis. Ma rémunération sera de 391 euros dont 50 % de charges professionnelles. Je vais finalement toucher 195 euros, soit à peine plus que le SMIC. » […]

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Ce qui était admis hier ne l’est plus aujourd’hui ; ce qui était tabou hier devient la norme aujourd’hui. Qu’en sera-t-il demain ? Gabriel Matzneff, cet écrivain qui se vante à longueur de livres d’avoir eu des relations sexuelles avec des mineurs garçons et filles, et parfois plusieurs à la fois, n’a pas été inquiété jusqu’à la parution du livre de Vanessa Springora, Le consentement. Il avait ses entrées « chez » Bernard Pivot et, plus récemment, dans l’hebdomadaire Le Point. Il avait des amis partout, depuis Jean-Marie Le Pen jusqu’à François Mitterrand (qui, après l’avoir encensé, aura pris, semble-t-il, ses distances). Il avait ce qu’on appelle, de l’entregent, ce qui lui aura permis de visiter des entrejambes de toutes sortes. Débauche chic et choc Autrefois, on appelait ces pratiques de la débauche, des mœurs dont le prolo de base n’avait, avant Internet, que de faibles échos auxquels, d’ailleurs, il n’osait croire tellement ces choses invraisemblables étaient loin des adultères ordinaires d’usine ou de bureau. Mais dans les milieux artistiques, notamment dans les années 70, ce n’était pas ce vocabulaire qu’on employait : les relations sexuelles entre adultes et mineur(e)s, bien qu’interdites par la loi, ne scandalisaient pas les beaux esprits. La transgression des élites avait même quelque chose de chic. Il y a eu des articles et des pétitions, signées par des gens comme Simone de Beauvoir ou le sieur Gabriel Matzneff lui-même, en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles avec des mineurs, et cela dans des médias comme Le Monde mais aussi Libération qui s’en repentent ouvertement aujourd’hui. C’était l’époque où la liberté sexuelle servait de thérapie à tout. Tant qu’il n’y avait pas viol, tout allait bien. Mais c’est là qu’est le piège. Il est symptomatique que le livre de Vanessa Springora ait pour titre : Le consentement. Quand on est une gamine de 14 ans adulée par un écrivain de 50 ans, si on a une éducation un peu libre, on consent – et elle a consenti. Mais la facture psychologique, elle, est bien là par la suite. C’est tout le sens de son livre. Depuis cette époque libertaire où on prétendait faire ouvertement ce qu’on celait naguère, on a compris que la pédophilie est un crime. Aujourd’hui, des gens comme André Gide, qui célébrait les éphèbes et ne se privait pas d’en consommer, seraient poursuivis. On pourrait également citer le neveu d’un certain président de la République, qui avait écrit avoir consommé des « garçons » dans des pays exotiques, qui s’en est sorti parce qu’il a prétendu que ses écrits n’étaient pas forcément autobiographiques… et qu’il porte un nom qui le protège. Mais pour le reste, aujourd’hui, en matière de pratiques sexuelles, tout est toléré dans tous les sens. Et les taux de remboursement de la Sécurité Sociale sont un excellent baromètre des valeurs de la société. Ainsi, le Truvada, médicament antisida à effet immédiat, est vendu 341,21€ TTC remboursé à 100% par la Sécu, à destination des individus qui jouent à la roulette belge en s’accouplant avec n’importe qui et dans n’importe quelles conditions. Le sida est devenu le seul frein (sanitaire) aux pratiques sexuelles, il est désormais outrepassable grâce à cette molécule. Et ce qui, dans l’éducation sexuelle, remplace ce qu’on appelait « la morale », c’est le préservatif. Sortez couvert : telle est la seule exigence – pardon : le seul conseil – adressé aux jeunes. Le dernier tabou Il subsiste quand même un ultime tabou : toute pratique sexuelle est incritiquable, pourvu qu’elle soit « entre adultes consentants » (c’est entre adultes qu’on s’entend). Une fois cela posé, si on ose avancer que toutes les sexualités ne sont pas équivalentes, on tombe sous le coup de la loi (voilà pourquoi je suis obligé de parler à mots couverts). Et si on enseigne aux adolescents qu’une relation sexuelle devrait au moins être sous-tendue par des sentiments forts et de préférence destinés a priori à durer, on passe pour un ringard ou un catho intégriste. Donc, entre adultes consentants, aucune limite. Mais : 1) À partir de quel âge est-on sexuellement adulte ? Là-dessus, il y a débat. 2) Du fait qu’on est adultes consentants, est-ce à dire que tout se vaut et que rien n’a de conséquences sur les individus eux-mêmes, sur l’entourage, sur la société ? Je prends un simple exemple : la mode des couples échangistes, est-ce vraiment inoffensif ? Est-ce sans dommages physiques ? Est-ce sans incidences psychiques ? Est-ce spirituellement neutre ? (Cf. 1 Co 6.15-20, qui mérite mieux qu’une lecture condescendante). J’ai toujours pensé que les commandements divins ne sont pas là pour nous empêcher de vivre, mais pour nous protéger contre notre propre folie. C’est ainsi qu’on peut interpréter cette magnifique maxime du Christ : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2.27 ; cela vaut même pour les zones touristiques si chères à M. Macron). Il est clair que l’Écriture, aussi bien dans la Loi que dans les histoires gratinées qu’elle raconte, plaide pour des pratiques sexuelles stables, non déconnectées de sentiments profonds, fidèles, et durables au moins dans l’intention. C’est excellent pour le bonheur. Pour son bonheur à soi… et pour le bonheur du/ de la partenaire, non traité/e comme un provisoire morceau de chair à plaisir. Matzneff peut bien mêler des élans mystiques pseudo-orthodoxes à ses émerveillements esthétiques, ce n’est pas d’amour qu’il parle. O tempora, o mores Comme je n’ai pas les moyens de m’offrir des avocats très chers (et qui, d’ailleurs, n’auront probablement pas mes convictions), je ne détaillerai pas ce qui me paraît sexuellement admirable, ou tolérable, ou moche, ou criminel. Je ferai simplement observer que tout ce qu’on nous présente comme évident et incritiquable aujourd’hui, était condamnable hier, voire considéré comme un trouble mental (et je ne prétends pas que l’on avait raison en tout il y a encore peu de temps). Cependant, n’y a-t-il pas quelque chose d’inquiétant dans l’extrême rapidité avec laquelle on a assisté à une inversion radicale de l’éthique sexuelle ? On le voit bien avec la bioéthique, avec les histoires de GPA, de PMA, de Mariage pour Tous et ses conséquences induites sur la filiation, etc. On n’a pas eu le temps de penser cela. On n’a même pas réfléchi au fait que nos sociétés sont les premières depuis que l’humanité existe où on ait besoin d’expliquer à ses propres enfants que tout humain est issu d’un père et d’une mère, et que cela pose des problèmes dès qu’on essaye de contourner cette loi jusqu’ici indépassable de la biologie. Face au « sens de l’histoire », il y a les « intégristes ». Il peut aussi y avoir ce qu’on appelait « la sagesse des nations », autre interprétation de « tu honoreras ton père et ta mère », c’est-à-dire : tu ne prendras pas pour des primates imbéciles tous ceux qui t’ont précédé. Avec quelques auteurs, je prends aujourd’hui, en 2020, le pari que vers 2050, voire avant, on aura commencé à revenir sur ce qui nous est présenté aujourd’hui comme des avancées irréversibles, comme des conquêtes positives. La vérité du présent n’est pas celle d’hier ; elle ne sera pas celle de demain. Je l’écris aujourd’hui. Archivez. Et vérifiez dans trente ans. Je veux bien qu’on m’en reparle si je suis encore vivant à ce moment-là.

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