Ces soldats qui reviennent cassés

Ces soldats qui reviennent cassés

L’armée française est confrontée à un nombre d’opérations extérieures en hausse sans que les moyens financiers ou psychologiques – pour les soldats – suivent.

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Publié le 16 avril 2015

Auteur : Pierre Desorgues

Le regard reste brumeux, humide, ailleurs. La jambe droite tremble nerveusement à l’idée d’évoquer ses blessures psychiques. Éric, caporal dans un régiment de chars de combat de l’armée de terre [nous avons changé son prénom, ndlr], alterne depuis près de deux ans les séjours entre son domicile et les couloirs de l’hôpital d’instruction des armées de Percy-Clamart. « J’ai souvent l’impression d’être encore coincé dans ce véhicule, prêt à brûler vif. Je sors difficilement de ce cauchemar. J’ai des flashes », confie le jeune homme de 28 ans. Le Kosovo était sa deuxième « Opex », opération extérieure, selon la terminologie en vigueur.

« J’aimais ces missions à l’étranger. Nous étions chargés de protéger les villages serbes des autres populations. Des coups de feu partaient des deux camps. En pleine patrouille, le VBL (véhicule blindé léger) nous a échappé et est tombé dans une sorte de ravin et a fait quatre tonneaux. Je suis resté coincé un quart d’heure avant que l’on puisse m’extraire. Le moteur du véhicule fumait. J’ai cru qu’il allait exploser. C’est ce quart d’heure, cette attente, qui m’a rendu fou. »

Idées suicidaires

Le jeune caporal, père d’une fille, est hospitalisé. Il ne souffre que d’une fracture bénigne. L’homme repart en mission mais tombe en dépression six mois plus tard. « La vue des véhicules blindés me donnait et me donne d’ailleurs toujours des sueurs froides. Je me réveillais en sueur. Je n’arrive pas à dormir,  je me suis mis à boire pour trouver le sommeil », décrit le caporal. Sa cellule familiale explose. Sa compagne le quitte. Le service psychiatrique de l’hôpital militaire de Percy détecte rapidement des idées suicidaires chez ce jeune père et le place sous traitement médical. « Les cachets m’abrutissent. On m’a clairement indiqué que, pour moi, l’armée c’était terminé », avoue le soldat. […]

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