Cette écologie qui sacralise la nature

L’écospiritualité désigne une nouvelle tendance reliant l’écologie et la religion. Irene Becci, professeure à l’Université de Lausanne, décrypte le phénomène.

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Publié le 15 janvier 2017

Auteur : Gilles Bourquin

Pourquoi les chercheurs s’intéressent- ils à l’écospiritualité ?

Irene Becci : Depuis quelques années, un nombre croissant d’initiatives liées à la transition énergétique emploie des arguments religieux ou spirituels. Cela concerne les acteurs écologiques eux-mêmes, mais aussi les Eglises. Dès la fin des années 1970, ces dernières ont emboîté le pas de la prise de conscience environnementale. La parution en juin 2015 de l’encyclique du pape François sur l’environnement va aussi dans ce sens.

Quel rôle jouent les Eglises dans cette mobilisation ?

Une certaine ignorance règne au sein des milieux écologiques au sujet de l’engagement écologique des Eglises. Ces dernières mènent pourtant des actions visibles, comme oeku-Eglise et environnement (oeku.ch/fr). Il faut se souvenir que l’écologie politique des années 1970 nourrissait une critique radicale des Eglises. Dans les milieux écologistes actuels, le terme de spiritualité est d’ailleurs nettement préféré à celui de religion.

Qu’est-ce qui conduit les mouvements écologiques à recourir à la spiritualité ?

L’écospiritualité permet de sortir du registre de l’écologie politique. Cette dernière situe le problème de l’écologie dans les méthodes de production capitaliste et dans les rapports de pouvoir Nord-Sud. Plus proche du quotidien, l’écospiritualité permet d’impliquer concrètement chaque personne ordinaire dans le virage écologique. Il s’agit d’une prise de conscience et d’une manière de penser à la fois philosophique et théologique. La crise écologique est reliée à un changement existentiel profond. L’écospiritualité invite à réorienter le sens de la vie humaine en la rapprochant des rythmes de la nature.

L’écospiritualité répond donc à un besoin d’engagement individuel ?

Le discours de l’écospiritualité permet en effet de sortir du sentiment d’impuissance fréquemment ressenti face au désastre écologique planétaire. Même si nous ne savons pas exactement si cela est utile ou non, manger bio et acheter localement ne nous fait pas de mal. Ces attitudes nous rassurent et nous permettent de donner une réponse simple et pratique à un phénomène perçu comme trop complexe à large échelle.

Quel rôle joue cette composante émotionnelle ?

L’écospiritualité ne se situe pas d’abord dans le registre de la rationalité, mais concerne plutôt le récit de soi, la métaphore, le ressenti et l’émotionnel. Suivant le type de contact qu’elles proposent avec la nature, les pratiques d’écospiritualité (voir encadré) peuvent d’ailleurs susciter des expériences surprenantes ou inattendues. La tendance à idéaliser la nature peut avoir des conséquences paradoxales. En effet, la nature n’est pas toujours rassurante. Elle peut aussi être violente et nous confronter aux limites de notre corps. Aux côtés de ces dimensions émotionnelles, l’écospiritualité s’appuie aussi sur des données de type scientifique, comme le réchauffement climatique et la perte de biodiversité.

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Edition Genève du mois de Décembre 2016 – Janvier 2017

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