Décider avec le cœur

Décider avec le cœur

Interview d'Eric Boel, membre du réseau des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, sur l'articulation entre vie de foi et vie professionnelle.

Un contenu proposé par Signes des Temps

Publié le 23 avril 2015

Auteur : Claire Bernole

Eric Boel est à la tête des Tissages de Charlieu, dans la Loire. Une entreprise de 70 salariés, dont une douzaine se consacre à la création. Entre tradition et modernité, exigences du marché et valeurs humaines, il a tracé une route bien à lui.

Vous avez fait du développement durable un axe majeur dans l’exercice de votre activité. Par ailleurs, votre entreprise emploie deux fois plus de travailleurs handicapés que ne l’exige la loi et maintient un taux de formation de 1,5 fois supérieur à la législation. Dans quelle mesure ces choix ont-ils été dictés par vos valeurs ?

Intégrer la notion de développement durable, c’est avoir une vision chrétienne de l’entreprise. Concrètement, cela signifie tenir compte de la qualité écologique des matières utilisées mais aussi des conditions humaines et sociales dans lesquelles elles sont fabriquées. C’est aussi proposer un produit à un prix accessible pour notre clientèle. Cela implique de ne pas laisser le profit être maître de tout.
Nous distribuons aussi 25 % du résultat avant impôt aux salariés. Cela va dans le sens du respect et de l’amour de l’homme. En effet, nous travaillons tous ensemble à une même œuvre. L’aspect relationnel au quotidien est moins visible mais je tente d’y exprimer aussi mes valeurs.
Je prie chaque matin et je confie ma famille, mes amis et mon entreprise à Dieu. En fait, je ne fais cela que depuis un an ou deux mais je sens que cela a modifié mon approche, sans forcément faire quoi que ce soit en plus. Comme si cela créait un rapport propice à la confiance, plus apaisé et plus tranquille.

Vous est-il arrivé d’aller jusqu’à faire des choix au profit de l’humain plutôt que dans l’intérêt de l’entreprise ?

Il y a quelques années, nous avons eu une jeune femme dans une dynamique assez négative vis-à-vis de l’entreprise, contre son fonctionnement et sa stratégie de manière systématique. Jusqu’au jour où un important problème de santé l’a amenée à partir pendant plus d’un an. Quand elle est revenue, elle voulait être à mi-temps mais nous avions la possibilité légale de refuser. Que faire ? J’ai beaucoup réfléchi à cette question et la décision que j’ai prise a vraiment été motivée par mes valeurs chrétiennes : sur un bateau, on ne jette pas les gens par-dessus bord ! Nous n’avons pas initié de démarche particulière mais l’attitude de cette personne a complètement changé. Certaines décisions ne se justifient pas selon des critères économiques. Il existe une logique plus forte que la nôtre, qui fait que les choses avancent dans le bon sens, parce que nous décidons avec le cœur.

J’imagine cependant qu’il est des situations difficiles à gérer…

À une époque, nous avons racheté une petite entreprise. J’ai rencontré les salariés pour savoir s’ils étaient motivés pour continuer l’activité. Ils n’ont pas dit non – c’est toujours difficile – mais ils ne se sont pas montrés enthousiastes. Or, je n’ai pas été à l’écoute de cela. J’ai manqué de modestie. L’entreprise marchait bien et je pensais pouvoir racheter n’importe quelle activité… Au bout de cinq ans, nous perdions beaucoup d’argent et j’ai dû annoncer que nous ne garderions que cinq personnes sur 15. Les gens étaient plutôt soulagés parce que la motivation n’était plus là. Les licenciements n’ont pas été très douloureux, mais nous aurions gagné du temps si j’avais entendu ce ressenti dès le départ.
De façon plus générale, la gestion de conflits – il y en a toujours, on ne parvient pas à en avoir aucun – n’est jamais simple. Cela me désempare quelque peu… Mais nous avons toujours des choses à apprendre et à comprendre.
L’épanouissement de l’entreprise passe par l’épanouissement de l’homme. Or, le milieu de l’entreprise est abandonné d’un point de vue spirituel et anxiogène. Surtout dans un pays où le taux de chômage est élevé. Trouver les méthodes qui permettent un épanouissement, les partager avec d’autres dirigeants et vivre ainsi nos valeurs dans la sphère professionnelle est un sujet qui me tient à cœur. Si nous parvenions à cela avec les EDC, nous accomplirions un véritable travail chrétien.

Propos recueillis par Claire Bernole

Paru dans Signes des temps n° 1624, mars-avril 2015

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