Face au mal, la force de l'esprit

Face au mal, la force de l’esprit

En réponse aux attentats, l’aide d’intellectuels qui mettent en perspective et donnent à penser est indispensable. Nous avons donné la parole à plusieurs penseurs chrétiens.

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Publié le 19 novembre 2015

Propos recueillis par Nathalie Leenhardt et Frédéric Casadesus.

François Clavairoly, pasteur, président de la FPF

Nous ne pouvons qu’exprimer l’horreur et l’effroi que nous inspirent les événements du vendredi 13 novembre. Mais je crois utile de dire qu’avec cette tragédie, nous sommes entrés dans une situation nouvelle : les démocraties sont attaquées, elles doivent prendre la mesure de la menace et répliquer. La France doit s’armer devant un danger qui n’est pas fantasmatique et qui désormais frappe en plein cœur de son territoire. En janvier dernier, nous nous sommes tous levés. Partis politiques, mouvements spirituels et associatifs ont manifesté leur colère mais aussi leur solidarité. Aujourd’hui, la situation exige une plus grande fermeté.

La guerre n’a jamais cessé d’ensanglanter le monde. Des pays proches du nôtre ont, récemment, connu d’atroces conflits – je pense à l’Algérie ou les nations des Balkans durant les années 90. Certains de nos concitoyens ont pu se croire à l’abri de tels drames, comme si ces guerres se déroulaient sur une autre planète. Il est temps qu’ils sortent de cette logique absurde qui leur fait prendre les reportages d’actualité pour des spectacles audiovisuels.

Nous avons toute confiance vis-à-vis des autorités de la République. Il n’existe pas à proprement parler de spécificité protestante, bien entendu. Mais les protestants peuvent jouer un double rôle dans la période que nous traversons. D’une part, ils peuvent faciliter le dialogue des différentes familles spirituelles, être les intermédiaires entre chrétiens, juifs et musulmans par le biais du grand réseau d’amitiés interreligieuses. D’autre part, ils peuvent rester en alerte critique afin de protéger les valeurs de liberté. Nous devons tenir ferme le message évangélique qui est au cœur de notre démarche. Être protestant, c’est manifester par nos paroles et par nos gestes la fraternité en Christ, y compris à l’égard des musulmans de notre pays. C’est la notre manière d’éviter l’amalgame entre l’islam tel que nous le connaissons et celui de Daech.

Olivier Abel, philosophe

Le mal excède le langage : il est l’inexplicable qui excède notre capacité à raconter, l’injustifiable et l’irréparable qui excède nos capacités d’imputation et d’action, l’insoutenable qui excède notre plainte. De cela peut résulter une sorte d’anesthésie quant au malheur, une manière d’amputer nos vies pour ne pas sentir le mal, et ne pas sentir que d’autres souffrent. C’est pourquoi il faut se parler, oser les tentatives d’expression, élargir au maximum notre écoute, l’espace des expressions admises. Car ce qui fait du mal en plus, c’est que l’on veuille à tout prix communier dans l’horreur du mal, alors que le mal est éprouvé différemment, dans le différend, l’incommunicable. C’est pourquoi il est si important de tenter de s’expliquer, de comprendre, de raconter, d’intriquer et de mettre en intrigue, tout en sachant ce qui résiste à toute explication, à toute narration. […]

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