Inévitable, le retour en politique ?

Inévitable, le retour en politique ?

Jean Baubérot, historien, ancien conseiller de Ségolène Royal, donne son analyse sur le retour en politique et le rapport à l'échec.

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Publié le 25 septembre 2014

Auteur : Frédérick Casadesus

Les réformes constitutionnelles votées en 2001 et 2008 (instauration du quinquennat, renforcement des pouvoirs du président) ont-elles déstabilisé la Ve République ?

L’instauration du quinquennat, selon moi, n’a fait qu’accentuer une situation qui existe depuis 1962, par l’instauration de l’élection du chef de l’État au suffrage universel. Cette réforme impose en effet deux contradictions.

D’une part, on demande au président de voir loin, d’exercer une fonction d’arbitre en ordonnant les grandes orientations de la politique nationale, tout en gérant les contraintes politiques immédiates. Dès l’avènement de Georges Pompidou, cette tension s’est bien sentie parce que le président de la République a empêché Jacques Chaban-Delmas de prendre des initiatives et qu’il s’est comporté en « super-Premier ministre ».

D’autre part, l’élection elle-même exige des qualités spécifiques. Pour accéder au pouvoir, il faut disposer d’un tempérament de conquérant, susciter le désir chez les citoyens comme s’ils devaient répondre à un plébiscite. La réforme de 1962 stimule davantage les chefs de guerre qui formulent des promesses inconsidérées pour être élus et qui, une fois au pouvoir, s’empressent d’oublier leur parole. Tous les présidents de la Ve République se sont trouvés dans cette situation.

Comme on le devine, je déplore cette dérive et pourtant je tiens à préciser que je ne suis pas favorable au régime parlementaire classique parce que j’ai vécu mes premières expériences politiques à la fin de la IVe République, une époque dramatique de notre histoire politique. Il reste que ce double jeu structurel de la cinquième place nos institutions dans une situation instable. Nous ne vivons ni en régime parlementaire ni en régime présidentiel. Cela nous crée plus de difficultés que de confort.

Existe-t-il, dans un tel paysage, une spécificité protestante ?

J’observe que les trois grandes figures politiques protestantes de la Ve République, Maurice Couve de Murville, Michel Rocard et Lionel Jospin ont exercé la fonction de Premier ministre mais ne sont pas parvenus à devenir président. Sans doute se projetaient-ils plus facilement dans le rôle du gestionnaire, capable de gouverner, que dans la peau du sauveur charismatique, de l’homme providentiel. Cela étant dit, ce trait de personnalité a touché aussi Raymond Barre, Jacques Delors, Edouard Balladur, aussi bien devons-nous rester prudents. […]

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