"Introduire une exigence de parler-vrai"

« Introduire une exigence de parler-vrai »

L’historien Pierre Rosanvallon analyse la crise de notre démocratie à l’aune de l’affaiblissement des chambres et met en garde contre le retour d’un despotisme en Europe.

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Publié le 28 septembre 2015

Auteur : Frédérick Casadesus

Vous établissez un lien presque organique entre la loi et la démocratie. Pouvez-vous nous en expliquer le fonctionnement ?

La loi exprime un pouvoir de la généralité d’une part, un pouvoir impersonnel de l’autre. C’est pour cela un maître qui n’opprime pas, ne dégrade pas, garantit la primauté de l’intérêt général. À l’origine, l’idée démocratique est une alternative au pouvoir d’un seul, à l’arbitraire. Tout le XIXe siècle a réfléchi aux circonstances dans lesquelles une société pouvait fonctionner grâce à des mécanismes ou des principes liés à l’impersonnalité. L’affirmation de la loi instaure un régime de liberté dans lequel on ne dépend plus de la volonté de quelques-uns. La loi, disait-on en 1789 est « l’expression de la volonté générale ».

La crise politique dans laquelle nos concitoyens ont le sentiment de se trouver ne résulte-t-elle pas d’une tension entre une loi qui suppose un contrat, de la confiance, et la domination des lois du marché ?

Une grande part de nos problèmes vient du fait que le mot de loi n’a plus du tout le même sens. Pour ne prendre qu’un exemple, chacun constate que la loi Macron n’est qu’une succession de décisions spécifiques, la mise en œuvre d’éléments de politique économique ou de règlements techniques. Mais elle ne correspond plus à l’idée de loi comme principe général destiné à organiser la vie commune. Quand un document définit les zones d’ouverture du commerce le dimanche, on voit bien qu’on n’est plus dans le principe général, mais dans la gestion des questions particulières. Il s’agit donc d’une dégradation de la notion de loi. J’ajoute que ce type de texte relève maintenant de l’action du pouvoir exécutif. Aujourd’hui, le Parlement n’est plus vraiment législateur : il se contente de valider des textes présentés par le président et le gouvernement qu’il a désigné. […]

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