Islam : réformer sans renier

Islam : réformer sans renier

La religion musulmane a une longue tradition réformiste, qu’il faut poursuivre, selon de nombreux islamologues. Pour eux, elle doit s’adapter au monde contemporain, sans rien renier de ses fondements théologiques.

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Publié le 18 septembre 2015

Auteur : Alexandre Mendel

Voici deux événements récents, deux exemples de la difficulté de repenser l’islam. Le premier concerne l’imam de la grande mosquée de Montpellier, Farid Darrouf, parti la semaine dernière sous la pression d’une infime – et bruyante – minorité de salafistes qui voyaient en sa modération l’expression d’un Occident qu’ils abominent. Le second est plus révélateur : il s’agit de la mise en sommeil de la fondation Al-Kawakibi, qui réunit des intellectuels musulmans prévoyant d’organiser, l’année prochaine, un forum mondial pour la réforme islamique.

Parmi les fondateurs de cette structure, Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix et fils du Cheikh Abbas, illustre ancien recteur de la Mosquée de Paris : « Nous avons reçu des menaces de l’organe central de Daesh. Nous sommes aujourd’hui au point mort. Certains ont dû quitter notre organisation. » L’idée d’une refondation de la pensée islamique ne plaît pas beaucoup. C’est le moins qu’on puisse dire.

Tournant mortifère

Or, la réforme, en islam, « n’est pas un sujet nouveau. Ce serait même un anachronisme d’en parler aujourd’hui, souligne Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université Jean-Jaurès de Toulouse. C’est d’actualité depuis le XIXe siècle ! » Époque où les universités du monde musulman « enseignaient les préceptes de grands réformateurs, tels que Mohamed Abduh ou Sayyid Jamal Al-Din Al Afghani ». Époque encore où Tahtawi, réformateur de la mosquée Al-Azhar du Caire, fut envoyé en 1826 en France par le vice-roi d’Égypte, Mohamed Ali, pour adapter, déjà, l’islam à la modernité. Le titre du livre qu’il fit paraître à son retour évoque sa haute estime pour les Lumières : L’or de Paris.

« Il n’y avait pas d’école primaire, pas de mixité, pas de sécularisation… Tout ça va être amené par des religieux qui penseront un islam moderne. Ce qu’ils ont appelé “l’islam des lumières” », explique Mathieu Guidère, également cofondateur du programme de veille contre le fanatisme, Radicalization Watch Project. […]

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