Interview de François Clavairoly, président la Fédération protestante de France.

La laïcité sur le terrain, ce qu’en dit François Clavairoly

Pasteur de l’Église protestante unie de France (EPUdF), François Clavairoly s’est longtemps engagé en faveur du dialogue inter-religieux. Il est aujourd’hui président la Fédération protestante de France (FPF) et, à ce titre, fin connaisseur et praticien de la laïcité.

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Publié le 23 octobre 2015

Auteur : Erwan Cloarec

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François Clavairoly, nous savons que, dans l’Histoire, les protestants ont été de fervents défenseurs de la laïcité… Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les protestants restent de fervents défenseurs de la laïcité. Ils se disent même souvent laïcs. Ils se présentent ainsi : protestants et laïcs. Chrétiens et laïcs. Il n’y a donc pas pour eux de contradiction entre ces deux termes. C’est ainsi depuis que la laïcité est advenue dans ce pays, avec ses trois grandes périodes d’avancée : la Révolution française d’abord, la fin du Concordat ensuite et enfin la loi de séparation des Églises et de l’État. Tout au long de cette Histoire, parfois tumultueuse, les protestants n’ont cessé d’être des acteurs déterminés et déterminants de la construction de ce que l’on appelle aujourd’hui la laïcité.

Mais il faut aussi dire qu’aujourd’hui la laïcité est devenue un sujet qui a retrouvé un intérêt particulier, notamment par le fait conjugué de trois éléments : d’abord la présence un peu plus visible et mieux reconnue de l’islam dans la société française. D’autre part la réalité selon laquelle les religions peuvent être malheureusement perçues, et ce n’est pas toujours une vue de l’esprit, comme des acteurs de violence et de trouble au cœur de la cité et dans le monde. La recrudescence du terrorisme dans l’actualité de ces dernières années, de même que celle de l’antisémitisme, est tout à fait alarmante. Cette réalité de la violence religieuse fait peur et fait du tort, premièrement aux religions, mais aussi, bien évidemment, à notre vivre ensemble. Le troisième élément, qui en découle probablement, étant un ensemble de mesures qui ont été perçues par les croyants, et certains chrétiens en particulier, comme mettant en question la possibilité même pour les religions de s’exprimer dans l’espace public.

Le sociologue Jean Baubérot, évoquant une certaine crispation ambiante, parle d’un « retour de l’obsession du religieux », à la façon du 19ème siècle ? Fantasme ou réalité ?

Je pense que, malheureusement, ce n’est pas qu’un fantasme. Je pense qu’il y a en effet une crispation de la société à cause des éléments que je viens d’évoquer et une réponse, maladroite sans doute, de la part des autorités. Ceci par des projets de loi qui ne vont pas, me semble-t-il, dans le sens que nous pourrions espérer. Et ce pour une raison simple : c’est qu’il y a une confusion cultivée dans les esprits entre le fait bien établi que c’est la République qui est, à juste titre, laïque, et le fait, tout à fait discutable, que ce serait la société, c’est-à-dire les citoyens eux-mêmes, qui devraient être « laïcisés » ou neutralisés religieusement. Or les citoyens, pour une bonne part d’entre eux, sont traversés par des convictions, une histoire, des traditions spirituelles, etc. Et ils n’ont pas à en rougir ou à draper ce qu’ils sont dans leur cœur d’un voile pudique… Ce sont là nos libertés essentielles qui sont en jeu. Donc, cette idée qu’il faudrait que les religions soient confinées dans un espace privé, invisible, percute et contredit l’idée même de la laïcité à la française, de même que l’esprit et la lettre de la loi de 1905.

Suite aux événements tragiques de janvier 2015, une pétition signée par un certain nombre d’intellectuels appelait les responsables religieux à reconnaître la primauté de la loi civile démocratique sur les particularismes religieux. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Il me semble qu’il ne faut justement pas céder à la tentation de vouloir opposer trop facilement d’un côté les valeurs républicaines, comme flottant au-dessus de la mêlée, et les valeurs particulières portées par les religions. Pour ce qui me concerne, je préfère affirmer que le christianisme s’inscrit dans la société républicaine sans aucune difficulté, qu’il n’est pas en surplomb d’elle, et que les valeurs que porte la République – c’est-à-dire la liberté : liberté de culte, de conscience, d’expression, de pensée, mais encore l’égalité et la fraternité – sont aussi enracinées dans la foi chrétienne. […]

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Croire et lire, entité du magazine Croire et Vivre, propose une collection de livres pour donner des raisons de croire. La plupart des rédacteurs appartiennent à des Églises membres de la Fédération Protestante de France ou du Conseil National des Évangéliques de France.

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