L’aumônerie en psychiatrie

L’aumônerie en psychiatrie

Le pasteur Michel Weckel, qui travaille à l’hôpital civil de Strasbourg, livre une réflexion autour de ce qui relève du « pathologique » et du « normal ».

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 18 août 2016

Michel Weckel est pasteur-aumônier à l’Hôpital civil de Strasbourg et membre de l’école psychanalytique de Strasbourg.

Être aumônier en psychiatrie, c’est être confronté au mal de vivre sans connaître les réponses à apporter aux souffrances abyssales générées par la pathologie mentale, et ne sachant même pas s’il est des réponses. C’est essayer d’appréhender ce qui se vit au-delà des masques d’angoisse de la « folie » et du désespoir profond. Les personnes hospitalisées en psychiatrie n’ont pas le monopole de cette douleur, universelle et sournoise, qu’est le mal de vivre. Mais la pathologie, quels que soient les noms qu’on lui donne (dépression, troubles bipolaires, psychose, schizophrénie), l’exacerbe de manière tragique.

Qui peut se dire à l’abri ? Beaucoup de soignants sont convaincus que « ça peut arriver à tout le monde.» Comme le dit le Docteur Jean-Richard Freymann, psychiatre et psychanalyste à Strasbourg, « chacun est porteur de toutes les potentialités de la folie.» Il y a là de quoi se sentir humble. Pourquoi, à un moment donné de sa vie, un être humain bascule-t-il dans la pathologie mentale occasionnelle ou chronique ? Indépendamment de certains déterminismes biologiques, cela tient à la singularité de son destin, aux violences subies et aux logiques énigmatiques qui régissent son psychisme.

La souffrance psychique partie intégrante de la condition humaine

À certains stades, la souffrance psychique relève de la maladie. Mais la classer d’emblée dans le seul registre médical (réduire le « traitement » à une question de protocoles scientifiques, de chimie ou d’électrochocs comme le fait de plus en plus la psychiatrie moderne), revient à oublier qu’elle est d’abord un aspect à part entière de la condition humaine. C’est une réalité dont nous cherchons communément à nous défendre. « Je ne vais quand même pas aller voir un psy, je ne suis pas fou ! » Or, cette distinction abrupte entre les « fous » et les « gens normaux » ne tient pas. Il suffit de s’entretenir avec les « fous », pour s’apercevoir qu’ils ne le sont pas toujours tant que ça. Ils sont souvent d’une subtilité d’esprit remarquable. Leur intelligence est sans fards, leur parole sans artifices. Leur âme affleure à ciel ouvert.

En réalité, la limite qui distingue le pathologique et le normal est éminemment floue et incertaine. Entre les êtres humains pouvant à peu près être qualifiés de « normaux » (selon des critères qui restent à définir) et les sujets véritablement malades (au sens de la médecine), il existe une vaste zone grise, comprenant la majorité des humains, lesquels oscillent entre vie ordinaire et troubles symptomatiques divers : névroses, addictions, échecs répétés, déprimes, délires anodins, états-limites, etc.

Pour l’aumônier que je suis, il s’agit d’approcher la personne hospitalisée en psychiatrie avec tact et respect et de faire preuve à son égard de bienveillance éclairée. La psychiatre Myriam Cayemittes parle même de lui témoigner de la tendresse. A partir de là, les relations qui se tissent en psychiatrie sont toujours empreintes d’une forte et émouvante humanité.

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