Lutter contre la corruption en politique

Lutter contre la corruption en politique

Lors des dernières présidentielles, les électeurs ont manifesté leur souci d’un exercice plus vertueux de la politique. La corruption n’est pas une fatalité, affirme le journaliste d’investigation Roger Lenglet et l’ONG Transparency International.

Un contenu proposé par Réforme

Publié le 9 février 2013

Auteur : Marie Lefebvre-Billiez

Karachi, Bettencourt, Mediator… Autant de scandales qui éclaboussent la classe politique et risquent de donner des arguments à l’extrême droite, qui se nourrit d’un « tous pourris » populiste. Roger Lenglet, journaliste d’investigation, auteur de plusieurs ouvrages sur la corruption et phénomènes associés comme le lobbying, prévient : « C’est une énorme erreur de laisser le thème de la corruption à l’extrême droite ! Je comprends l’embarras des grandes formations politiques, mais c’est une faute grossière. Plus on en parlera, plus on coupera l’herbe sous les pieds à l’extrême droite. »

Car – et c’est ici la bonne nouvelle – les citoyens sont las d’une politique digne de l’Ancien Régime, associant aux gouvernants certains privilèges et passe-droits. « Le niveau d’exigence des citoyens quant à l’intégrité publique s’est accru », constate Julien Coll, délégué général de Transparency International France, principale ONG de lutte contre la corruption dans le monde. Or la classe politique commence à prendre en compte sérieusement cette demande d’éthique en politique, comme le prouve, par exemple, la création par des élus de l’association Anticor. De plus, la justice fait parfois preuve d’une saine indépendance par rapport au pouvoir politique : « La condamnation de Jacques Chirac, ancien président de la République [dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris, ndlr], ou encore le Mediator montrent qu’il y a un début d’évolution des mentalités », estime Julien Coll. François Badie, chef du Service central de prévention de la corruption (SCPC), sorte d’Agence anticorruption française, renchérit : « Dans l’affaire de Karachi, l’enquête a pu aboutir à la garde à vue et à la mise en examen de l’entourage proche du chef de l’État. Un tel événement serait impossible en Russie, sans parler de l’Afrique ! »

« Secret défense »

C’est pourquoi, ni l’ONG militante ni l’organisme public ne tiennent un discours alarmiste sur l’état de la corruption en France, surtout en comparaison des pays les plus pauvres où ce fléau est endémique. « Dans ces pays, la corruption est un problème concret et quotidien, surtout pour la population la plus défavorisée, qui doit consacrer 25 % de son budget à des pots-de-vin, pour avoir accès à l’eau potable, faire passer ses enfants en classe supérieure, etc. En France, nous ne sommes pas sur ces problématiques-là », rassure Julien Coll. En terme de « perception » de la corruption, la France en obtenu fin 2011 une note de 7/10 par Transparency International, qui la situe au 25e rang mondial, sur près de 200 pays.

Pourtant, les raisons de s’inquiéter existent bel et bien : selon Julien Coll, « la police et la justice ont connu un affaiblissement de leurs moyens et de leur indépendance. Les organismes censés garantir l’éthique ne sont pas dotés de moyens suffisants, la volonté politique fait défaut ». Le SCPC, quant à lui, est interpellé par les organismes internationaux de lutte contre la corruption (au niveau du Conseil de l’Europe, de l’Union européenne, de l’OCDE et des Nations unies) sur deux points faibles de l’Hexagone : la dépendance relative du parquet vis-à-vis du pouvoir politique et l’utilisation abusive du « secret défense ». Sans compter le volet « prévention » que François Badie souhaiterait développer au sein d’institutions publiques et privées : police, magistrature, collectivités territoriales, universités, entreprises, etc. Mais, pour l’instant, les moyens lui font cruellement défaut.

Roger Lenglet, quant à lui, est beaucoup plus pessimiste. Il chiffre à 30, voire 40 milliards d’euros, l’argent investi dans le lobbying et la corruption des marchés publics tous les ans par les grands groupes industriels en France. Un budget similaire à celui des fraudes fiscales, et qui placerait la France au même niveau que le Paraguay pour ce qui est de la corruption. Selon lui, ce n’est d’ailleurs que grâce à la corruption des marchés publics que ces grands groupes sont devenus économiquement puissants, et non par le libre jeu de la concurrence.

Le « donneur d’alerte »

Pour lutter contre la corruption, Transparency International plaide pour deux mesures principales : inéligibilité de dix ans (au lieu de cinq) pour tout élu corrompu et création d’un procureur général de la nation (PGN) pour garantir l’indépendance de la justice. Roger Lenglet voudrait y ajouter une interdiction de participer à des appels d’offres sur des marchés publics pendant dix ans pour toute entreprise corruptrice. Le journaliste d’investigation demande aussi une réforme de la composition des commissions d’attribution des marchés publics pour y inclure deux représentants de la société civile et de la Cour des comptes. « Les gens pensent qu’on ne peut rien faire contre la corruption, qu’elle fait partie de la nature humaine car l’homme est corruptible. Ils sont étrangement ignorants de ce qui pourrait être fait et qui serait assez facile. » François Badie, quant à lui, livre une analyse politiquement incorrecte : « Les marchés publics sont un secteur où le risque de corruption est répandu […]. La décentralisation l’a favorisée. Les préfets ont moins de pouvoir. Or, parfois, l’intérêt général est meilleur que les intérêts locaux. » […]

Poursuivez votre lecture gratuitement sur le site de Réforme

Dans la même rubrique...

Héritiers, pour le meilleur et pour le pire

Héritiers, pour le meilleur et pour le pire

Nos héritages nous constituent à la fois en tant qu’individu et en tant que membre d’une communauté. Mais individuellement, nous avons aussi les moyens de rejeter notre héritage.

Un contenu proposé par Proteste
La dyspraxie chez l'enfant : qu'est-ce que c'est ?

La dyspraxie chez l’enfant : qu’est-ce que c’est ?

Ce trouble de la planification des gestes entraîne des maladresses et des difficultés d'apprentissage. Comment aider les enfants ?

Un contenu proposé par Radio Alliance +
Réformer pour contrer la montée du populisme !

Réformer pour contrer la montée du populisme !

Derrière la montée en puissance des mouvements populistes, il y a un appel au secours. Point de vue du sociologue Sébastien Fath.

Un contenu proposé par

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

Réforme

Réforme est un hebdomadaire protestant d’actualité, né en 1945 de la Résistance. Consciente de cet héritage, l’équipe du journal souhaite se dégager de l’instantanéité de l’information pour décrypter, analyser, prendre de la distance face à un monde de plus en plus complexe.

logo

Derniers contenus du partenaire