Mariage homosexuel : une remise en question des repères communs

Mariage homosexuel : une remise en question des repères communs

Pour Luc Olekhnovitch, pasteur et membre de la commission d’éthique libro-baptiste, le mariage des couples homosexuels remet en question les repères communs et on crée du flou social.  

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Publié le 4 octobre 2012

Auteur : Frédérick Casadesus

Une amie a reçu la confidence d’un homosexuel troublé : sa fille voit à la crèche les mamans qui viennent chercher leurs enfants et elle lui demande pourquoi elle n’a pas de maman…

Tout est dit. L’union homosexuelle est refus de l’autre sexe, une « parentalité » homosexuelle est fondée sur la négation d’un père ou d’une mère. Certes, j’ai lu le témoignage d’un couple d’homosexuelles élevant un enfant dire qu’elles ont conscience de cette part manquante pour l’enfant et qu’elles veillent à ce qu’elle soit compensée par la présence d’hommes dans son environnement.

C’est louable, mais cela n’efface pas le fait que cet enfant a été volontairement privé de père, fait qui s’inscrira forcément dans son esprit. Quant à ceux qui en appellent à des cultures où c’est la tribu qui élève l’enfant et non les seuls parents, je leur répondrai que nous ne vivons pas en tribus mais dans une société individualiste et qu’on ne peut ainsi transposer des modèles d’autres cultures dans le vide.

Que deux personnes de même sexe décident de vivre ensemble ne regardent qu’elles ; que la société ait le souci de donner à leur union un cadre juridique qui assure la justice est légitime ; mais intégrer cela dans l’institution du mariage change complètement le sens de cette institution.

C’est nier que l’union d’un homme et d’une femme est à l’origine de la vie humaine et de la vie en société. Le mariage cesse de correspondre à la structure de base de la société, avec ce que cela comporte de différence sexuelle et de perspective de procréation possible et d’éducation des enfants, pour ne plus reposer que sur l’amour de deux personnes.

Mettre sur le même plan l’union par nature féconde d’un homme et d’une femme et l’union par nature stérile d’un couple du même sexe relève d’une idéologie égalitariste qui, sous couvert d’égalité, refuse de reconnaître la réalité des différences et les complémentarités. On en vient, par souci de contenter le désir de quelques-uns, à créer une société qui se déconnecte symboliquement du monde réel pour entrer dans une réalité découplée de la réalité naturelle.

Cette négation symbolique aura des effets concrets : devra-t-on enlever les termes de père et de mère dans le livret de famille pour remplacer par parent 1 et parent 2 ? La loi française accorde à l’enfant qui naît dans un couple marié la présomption que l’époux est son père, protégeant ainsi sa filiation. Que devient cette présomption de paternité dans un couple de femmes ?

Cette évolution a pour but de satisfaire le désir d’adultes au point d’en oublier la réalité humaine. On affirme de manière péremptoire et trop rapide que tout cela ne saurait avoir de conséquences sur les enfants. En fait, on n’a que très peu de données réellement scientifiques sur le sujet, beaucoup trop peu et trop peu sûres pour apporter une quelconque certitude. Cette incertitude même implique qu’on devrait s’abstenir de faire courir un risque psychologique ou éducatif, même éventuel, à un enfant en lui donnant délibérément pour parents un couple homosexuel. Et le principe de précaution ?

D’autant qu’on connaît déjà la souffrance des enfants dont la lignée généalogique est brisée (adoptés, nés sous X, issus de donneurs de gamètes…) ! On ne devrait donc pas prendre ce risque. Bien sûr, on va toujours trouver des psychologues pour dire que tout cela ne pose aucun problème, mais il est clair que l’on ne peut pas considérer que les images du père et de la mère sont sans importance pour la construction de l’identité de l’enfant.

Bien sûr, beaucoup d’enfants sont élevés par un parent seul, et, Dieu merci, beaucoup n’en souffriront pas trop. Il en est même dès maintenant qui sont élevés par des couples homosexuels, mais tout cela se passe dans une société où la différence et la complémentarité homme-femme demeure symboliquement affirmée. Ce qui nous est proposé, c’est de faire disparaître toute différence symbolique et c’est cette « officialisation » qui rend la situation autrement plus grave, car ce sont les repères communs qui sont en cause.

En introduisant le couple homosexuel dans le cadre du mariage, on brise ce cadre et on crée un flou social. Nous risquons l’avenir de nos enfants et de nos jeunes, et donc de notre société, pour répondre à l’impulsion égalitariste du moment.

Procréation assistée

Pour satisfaire ce désir d’enfant des couples homosexuels, on aboutit également à instrumentaliser une personne de l’autre sexe (recours à une mère porteuse, etc.), tout en la niant symboliquement.

Un premier projet de la garde des Sceaux a exclu les couples homosexuels de l’assistance médicale à la procréation (AMP), mais cette exclusion a déjà provoqué un tollé, et il n’est pas sûr qu’elle soit maintenue.

En effet, comme l’a bien noté la sociologue de la famille Irène Théry, pour le regretter, la législation française sur l’AMP est calquée sur la procréation naturelle. Il est intéressant d’ailleurs de signaler que le rapport des états généraux de la bioéthique en 2009 à Rennes concluait en refusant l’accès de l’AMP à des couples homosexuels, au nom de cette nature si décriée aujourd’hui quand elle est dite humaine.

Mais si l’on nie la nature en accordant aux homosexuels le mariage, pourquoi et comment s’opposer à ce que la technique contourne la nature ?

Bien sûr, le mariage homosexuel est avant tout une revendication de reconnaissance symbolique. Bien sûr, les homosexuels souffrent d’être rejetés.

Mais qu’une minorité active de certains militants homosexuels obtienne la légalisation du mariage homosexuel ne va pas, à mon avis, contribuer à une meilleure acceptation sociale de l’homosexualité.

Et, de ce point de vue, il faudrait se méfier des sondages en se rappelant qu’il y a toujours un décalage entre une opinion émise dans un cadre anonyme et sans enjeux personnels, et les réactions en situation. Cette revendication, loin de favoriser l’acceptation, choque au contraire et contribue au rejet des homosexuels. Ce mariage homosexuel est un marché de dupes aussi pour les homosexuels.

Mais, me dira-ton, ne devrions-nous pas en tant que chrétiens suivre le commandement d’aimer donné par notre maître, et accueillir le désir des couples homosexuels de se marier ? Le Christ nous invite à aimer notre prochain sans nous demander s’il est homo ou hétéro.

Le Christ m’invite à aller à la rencontre d’une personne et non d’une orientation sexuelle. Mais contribuer à détruire un ordre anthropologique et symbolique n’est pas de l’amour. Le Christ n’est pas venu abolir la loi mais l’accomplir. Il a défendu la valeur du mariage entre un homme et une femme face à des religieux qui le dévaluaient.

Le mariage homosexuel par la confusion qu’il introduit vient encore contribuer à la dévaluation du mariage. Aux homosexuels qui disent : « Nous voulons être libres de nous marier », le Christ répond : « La vérité vous rendra libres. » La vérité et non le mariage. La vérité, c’est que l’homosexualité est un amour qui se trompe de chemin, mais que le Christ est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. […]

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