« Mariage pour tous » : le droit des enfants à avoir un père et une mère fragilisé ?

« Mariage pour tous » : le droit des enfants à avoir un père et une mère fragilisé ?

Conseillère conjugale, la pasteure Nicole Deheuvels s’inquiète d’un projet de loi qui reviendra à fragiliser le droit des enfants à avoir un père et une mère.  

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Publié le 5 mars 2015

Auteur : Nicole Deheuvels

Le projet de loi « visant à ouvrir le mariage et l’adoption aux couples du même sexe », ne peut pas nous laisser sans réaction. Pasteur de l’Église réformée de France, mais aussi conseillère conjugale et familiale, je ne m’exprimerai ici qu’en mon nom propre.

Je souhaite que le débat, qui a lieu en ce moment dans nos médias, se déroule d’une façon profondément respectueuse. En écrivant ces lignes, je pense avec une sincère amitié à toutes les personnes homosexuelles que j’ai écoutées, accompagnées et que je fréquente actuellement. Je pense aussi aux jeunes que je rencontre dans le cadre d’ateliers de réflexion que j’anime autour du thème « Amitié, amour, sexualité » et qui veulent bâtir une vie amoureuse épanouie.

Je voudrais que l’on puisse s’exprimer librement vis-à-vis de ce projet de loi. Assimiler le concept de modernité et de tolérance à l’opinion favorable au mariage homosexuel est un choix de vocabulaire partisan : on peut ne pas y être défavorable, sans être discriminant, homophobe, passéiste… Il est, par ailleurs, à mon sens, dommageable que les questions éthiques de la société doivent suivre le clivage politique gauche-droite.

Être chrétien et s’exprimer en citoyen

Concernant le mariage civil, je ne suis pas entièrement convaincue par l’efficacité d’une prise de position des Églises. Bon nombre de nos concitoyens, non chrétiens, et le gouvernement, lui aussi, n’entendent pas à ce que les religions influencent la vie politique. Je salue cependant au passage la clarté des textes écrits par le Conseil de la Fédération protestante de France (Déclaration du 13 octobre), par nos frères catholiques (Conférence des évêques de France), ainsi que par nos frères évangéliques (déclaration du CNEF).

Je voudrais proposer une autre voie : celle de la prise de position citoyenne. Ne pouvons-nous pas saisir l’occasion, pour nous chrétiens, de nous exprimer en tant que citoyens ?

Quelques remarques sur l’avant-projet de loi : l’exposé des motifs fait mention de l’histoire du mariage civil comme succédant en 1791 au mariage religieux. Le législateur voudrait s’affranchir de conceptions religieuses. Ne peut-on pas s’étonner : pourquoi argumenter sur la volonté de se couper de notre héritage occidental judéo-chrétien ?

Le Pacs, voté en 1999, est aujourd’hui utilisé, en très grande majorité, par des couples hétérosexuels. Nombre de couples homosexuels n’y ont pas recours. Le Pacs, pourtant, avait bien pour but de donner un statut à ces couples, de leur assurer un certain nombre de droits et de protections.

L’avant-projet de loi stipule : « Une majorité de Français étant aujourd’hui favorable (au mariage entre personnes du même sexe). » Cette affirmation est abusive. Y a-t-il eu une véritable consultation nationale ? Un certain nombre de maires de France ont envoyé une lettre ouverte au gouvernement pour demander une mise en œuvre de la démocratie sur ce sujet. D’autres citoyens ont lancé une campagne demandant un référendum (voir www.referendum-officiel.fr). Je suis favorable à cette idée. En effet, l’ouverture du mariage aux couples de même sexe n’est pas un simple arrangement d’une loi existante. La réalité va bien au-delà.

Le socle de la famille

Le mariage est une institution qui pose le couple, et les enfants qu’il engendre, comme la cellule de base d’une société. Ce maillage est fondamental pour assurer la protection des enfants, leur éducation, le respect de leurs droits fondamentaux. Aujourd’hui souvent en souffrance, cette institution paraît inutile à bon nombre de couples hétérosexuels qui s’en passent. N’oublions pas que la majorité des enfants naissent aujourd’hui hors du cadre du mariage.

Je ne peux m’empêcher d’évoquer France Quéré ou Évelyne Sullerot qui, dans leurs écrits, s’inquiétaient de la fragilisation de la famille qui aboutissait immanquablement à la fragilisation de l’individu (1).

Quand tant de couples hétérosexuels ne se marient pas ou divorcent, ne peut-on pas s’étonner de la revendication d’un groupe homosexuel à accéder au mariage ? N’y a-t-il pas un paradoxe ? J’entends l’aspiration des homosexuels, décrite par certains défenseurs du projet de loi, à vivre des couples stables, fidèles et aimants. Je la respecte infiniment mais je pense qu’il n’y a pas besoin d’une loi pour cela. Il s’agit d’une éthique amoureuse et sexuelle personnelle, que chacun peut choisir de vivre.

Si, aujourd’hui, un groupe de pression homosexuel réclame le mariage, c’est davantage par rapport à la problématique de la parentalité que par rapport à celle de la conjugalité. Le titre dit bien : « Le mariage et l’adoption aux couples de même sexe ». La nouvelle loi voudrait attribuer aux mariés de même sexe la coparentalité.

En remplaçant les termes « père » et « mère » par le générique « parent ». En attribuant aux enfants adoptés par le couple un parent 1 et un parent 2, n’élimine-t-on pas intrinsèquement le parent 3 qui existe nécessairement biologiquement ?

À une époque où les enfants nés anonymement ont obtenu la reconnaissance de leur droit à connaître leurs origines avec notamment la création du CNAOP (Conseil national pour l’accès aux origines personnelles), n’est-il pas invraisemblable de créer, par cette loi de mariage homosexuel, un système juridique qui empêche l’enfant d’avoir une mère et un père et le prive de sa filiation réelle ? Ne doit-on pas être davantage attentif aux droits de l’enfant ? Ne prime-t-il pas sur celui des adultes qui revendiquent un « droit à l’enfant » ?

Actuellement, il n’est question que d’adoption, mais il est clair que l’étape suivante souhaitée est la filiation par l’Aide médicale à la procréation (AMP) (voire l’ouverture aux droits à la gestation par autrui). Les progrès de la médecine ont-ils été réalisés pour cela ? Ne risque-t-on pas de renforcer un processus de déshumanisation autour de la naissance ?

C’est un lieu commun de dire que notre société actuelle est en perte de repères et en particulier les jeunes. Le débat autour du genre et du sexe, dans les manuels scolaires, est la preuve d’une volonté de certains d’imposer une relativité totale de notre identité sexuelle.

S’il devait advenir, le mariage homosexuel serait une étape de plus dans le détricotage des repères identitaires et sociétaux. J’en serais profondément attristée en tant que citoyenne et en tant que professionnelle à l’écoute des personnes seules, des couples et des adolescents en souffrance. Est-il encore temps, pour chacun, de réagir et de faire entendre sa voix ?

Cela dit, je réaffirme ma solidarité avec les personnes ayant une orientation homosexuelle dans leur volonté d’être profondément respectées.

(1). La Famille, France Quéré, La Table Ronde, 2007.
Le Grand remue-ménage, Evelyne Sullerot, Fayard, 1997.

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