3 questions à Cédric Herrou

“Plus l’État me harcèle, plus il m’encourage à poursuivre mon action”

Depuis 2015, Cédric Herrou vient en aide à des réfugiés des deux côtés de la frontière. Il a été arrêté plusieurs fois, jugé et condamné.

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Publié le 4 mai 2018

Pourquoi vous êtes-vous engagé dans l’aide aux migrants ? Qu’est-ce que cela signifie pour vous en termes de fraternité ?

Cédric Herrou : Ma proximité géographique avec la frontière entre la France et l’Italie m’a conduit à croiser de plus en plus de migrants cherchant à venir en France. L’Italie, pays dans lequel ils posent pour la première fois le pied en Europe, n’est pas en mesure de les protéger et n’en a pas les moyens financiers. La majorité d’entre eux cherchent à obtenir l’asile en Europe, en France en particulier dont beaucoup parlent la langue. Peu quittent leur pays d’origine pour des raisons économiques.

L’absence de structures pour les accueillir, l’obligation pour eux de parcourir sans accompagnement plus de 60 kilomètres depuis la frontière pour se rendre à Nice y accomplir les premières démarches administratives, voilà, parmi d’autres, les raisons qui m’ont amené à intervenir. Est-il possible que dans mon pays la fraternité, élément de notre devise, puisse être ainsi ignorée, bafouée ouvertement et sans état d’âme par ceux-là même qui devraient la faire respecter ? Le contexte politique de la région et l’influence des thèses du Front national ne sont pas étrangères à cette posture des services de l’État. Mais le combat contre ces thèses ne justifie pas d’accueillir aussi mal des personnes en détresse, en péril. Il est au contraire totalement légitime d’intervenir et de venir en aide à tous ceux qui en ont besoin, qu’ils soient migrants ou non.

Comment avez-vous perçu la façon dont l’État cherche à criminaliser la fraternité ?

C’est une forme de trahison de notre histoire, de ce qui fait la France. Cela rappelle ce qui se passait pendant la dernière guerre mondiale à l’encontre de ceux qui venaient en aide aux juifs ou aux personnes poursuivies par le régime nazi. C’est salir l’image de la France que de poursuivre ceux qui font preuve de fraternité, cette fraternité inscrite aux frontons de nos bâtiments publics. Il y a là sans doute un objectif populiste, lié au contexte local et national. Mais plus l’État me harcèle, plus il m’encourage à poursuivre mon action. Comme c’est aussi le cas pour tous ceux qui partagent mon point de vue.

La fraternité fait en effet partie de la devise républicaine. Comment obtenir de l’État une mise en œuvre concrète de cette fraternité ?

En lui montrant que son action répressive ne sert à rien et surtout ne modifiera pas les mouvements migratoires. L’État, au lieu de sanctionner, devrait d’abord lutter par l’éducation, une information objective, contre la peur que génèrent les migrants chez beaucoup d’entre nous, la peur de ce que l’on ne connaît pas. On ne peut pas parler d’invasion, comme on l’entend parfois, dans un pays de 67 millions d’habitants ! La fraternité aujourd’hui est ce qui peut nous éviter des troubles dans quinze ans, conséquences d’une intégration ratée de tous ceux qui auront survécu à la traversée de la Méditerranée (plus de 10 000 personnes y ont perdu la vie depuis 2014) et auront si vite constaté que l’image de la France transmise au-delà de ses frontières par la publicité, la télévision ou Internet n’était qu’un leurre.

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