Les Eglises face aux nouveaux souhaits des familles lors des obsèques

Les Eglises face aux nouveaux souhaits des familles lors des obsèques

Pour le pasteur Joel Dahan, se souvenir des défunts doit permettre de se tourner vers l’avenir, dire la mort permettre de regarder demain.

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Publié le 31 mars 2015

Auteur : Joël Dahan

« Une cérémonie qui lui ressemble, sans trop de références religieuses. » Les nouvelles demandes très singulières et parfois insolites adressées aux Églises concernent aussi les obsèques. Photos, films, enregistrements du défunt sont de plus de plus proposés par les familles, comme une volonté de continuer à faire vivre l’être aimé. Les nombreux contenus numériques permettent de garder une part du vivant.

Des profils Facebook au nom du défunt sont ouverts par les proches pour créer un lieu d’hommage, d’autres sont au contraire difficiles à supprimer lorsque le défunt était le seul à détenir les codes d’accès. Ce journal virtuel devient le lieu d’expression du souvenir, un lieu de communication avec celui qui est parti, de lamentations, de reconnaissance, une sorte de mausolée virtuel et public dont plus personne ne maîtrise le contenu. Les entreprises de pompes funèbres l’ont bien compris qui proposent désormais différents produits pour « matérialiser la mémoire » et surtout «  être conforme aux souhaits du défunt  ».

Un vide si les obsèques se déroulent sans cérémonie religieuse

Dans le livre de 2 Samuel 14,14, l’auteur écrit : « Nous devons tous mourir un jour. Nous ressemblons à l’eau qu’on verse par terre et qu’on ne peut plus reprendre. » Beaucoup cherchent aujourd’hui à désespérément retenir dans leurs mains vides cette eau qui se répand.

Et sans cérémonie religieuse, de nombreuses familles se retrouvent parfois seules dans une salle, sans parole, dans la solitude et le silence d’une attente insupportable.

Des cérémonies civiles sont alors proposées pour « se souvenir du défunt et en perpétuer l’image sans foi, ni espérance », pour « donner du sens à la mort du défunt et préparer les survivants à se séparer définitivement de l’être cher… » (site Alloleciel.fr).

La parole nécessaire

Comment les Églises peuvent-elles accueillir ces demandes sans jugement ? Comment peuvent-elles aider à parler tout en apportant une parole extérieure qui décentre, met à distance de ses propres désirs, ses illusions, ses refus ? Calvin insistait dans sa Discipline ecclésiastique pour que le pasteur ne fasse aucune prière ou prédication pendant les enterrements, en autorisant uniquement une prière au temple au retour du cimetière. Mais le peuple a rapidement refusé ce radicalisme et réclamé de pouvoir vivre un culte d’action de grâce, adressé aux vivants.

Beaucoup tapent à la porte de l’Église pour qu’elle les aide à mettre des mots sur leur souffrance, sans en espérer beaucoup plus. Mais paradoxalement, beaucoup sortent de ces moments reconnaissants qu’une autre parole que la leur ait pu être exprimée et annoncée. Malgré les contrats obsèques qui invitent à ce que chacun prépare ce moment jusque dans les moindres détails, il semble important de laisser à ceux qui restent un espace pour qu’ils puissent s’exprimer, et d’en ouvrir un autre pour qu’une parole extérieure, parfois inattendue, puisse résonner. Pour « laissez les morts enterrer les morts » et inviter les vivants à relever les vivants.

Que de paroles échangées ou au contraire de non-dits et de silence autour d’une table familiale, lors des visites d’accompagnement. Temps précieux pour mettre des mots, exprimer les paroles qui ont pu être partagées dans les derniers moments, ou au contraire dire les regrets de ne pas avoir su, pu ou voulu dire ce que l’on avait au fond du cœur, jusqu’à la culpabilité qui empêche un chemin de reconstruction.

Toussaint invite à se souvenir de la vie passée sur les lieux de mort. L’Évangile cherche moins à donner du sens à la mort, qu’à dire la mort, rappeler cette finitude que nos sociétés refusent ou veulent maîtriser, tenter de supporter la mort pour porter la vie. Pâques, le passage, ne vient pas donner du sens à la croix mais proclamer au cortège des endeuillés, fatigués et chargés qu’ils sont déjà délivrés des lieux de mort et des impasses de la vie. S’ouvre alors un chemin sur lequel les souvenirs et les paroles échangées permettront de porter un nouveau regard sur celui qui est parti, sur soi-même et sur l’avenir. […]

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