Les petits plaisirs de… Manon Schick

Les petits plaisirs de… Manon Schick

Militante et indignée de longue date, la jeune directrice de la section suisse d’Amnesty International sait laisser ses nombreux dossiers de côté, pour concocter des petits plats maison. Et, par la même occasion, parler de ses combats. Une formule efficace !

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Publié le 10 mai 2013

Auteur : Aline Bachofner

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Je ne suis pas Mère Teresa, annonce d’emblée Manon Schick. J’aime mon travail, mais ce n’est pas une vocation, le renoncement ce n’est pas pour moi. » Souriante, posée, bien dans ses bottes qu’elle porte hautes et à talons, la jeune femme semble avoir trouvé une saine distance avec son travail qui pourrait l’accaparer vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Très occupée, l’ancienne journaliste et porte-parole d’Amnesty International* sait pourtant se rendre disponible pour les médias. Elle accepte même d’ouvrir la porte de sa maison pour faire parler des causes qu’elle défend. « Ma notoriété est liée à ma fonction, et je l’accepte. Mais si c’est uniquement pour parler de ma petite personne, alors ça ne m’intéresse pas. »

Dans sa cuisine à l’ancienne rehaussée de placards rouge vif, on savoure la mise en bouche culinaire avant d’attaquer le plat principal : protection du droit d’asile en Suisse, traité international sur le commerce des armes, féminisme et démocratie…

Bien que ce ne soit pas là qu’elle voit la place des femmes, Manon Schick passe volontiers du temps ? quand elle en a – aux fourneaux pour préparer de bons petits plats maison. Au menu ce jour-là, raviolis au fromage et aux noix. Avec des ingrédients produits dignement ? « C’est difficile de faire son marché de manière complètement éthique, avoue Manon Schick. Mais j’essaie de consommer local. Je n’achète pas d’ail de Chine, ni de poulet du Brésil, et j’évite les fruits et légumes espagnols, cultivés par du personnel exploité. »

« Je serai présidente ! »

Volontaire, ambitieuse, Manon Schick doit son assurance à son entourage qui l’a toujours laissé croire que rien n’était impossible. « Petite, je disais que je voulais être présidente de la Confédération. Personne ne m’en a dissuadée ! » Et en tout cas pas sa mère, féministe et fière de l’être, qui a plus d’une fois rappelé à ses deux filles qu’elle n’avait pas le droit de vote lorsqu’elle a atteint la majorité. Manon Schick ne l’a pas oublié, et c’est d’ailleurs aussi pour faire avancer l’égalité qu’elle donne volontiers des interviews.

« Nous manquons de modèles féminins, or ils sont essentiels pour oser revendiquer des postes à responsabilités. Les femmes se vendent encore trop timidement lors des entretiens d’embauche.» Et Manon Schick de citer celles qui l’ont inspirée : Ruth Dreifuss, Yvette Jaggi, Aung San Suu Kyi. Sans oublier Nelson Mandela, qui  a défaut d’être une femme, est une figure incontournable de la défense des droits humains.

Une utopiste optimiste

Le point commun de ses modèles : un engagement sans faille pour une cause ou des valeurs. Manon Schick aurait pu, comme eux, choisir la politique, elle a opté pour la voie associative. Lorsqu’on lui demande d’où lui vient cette indignation qui l’anime, la réponse fuse : « La question que je me pose, c’est pourquoi y a-t-il des gens qui ne s’indignent pas ? C’est tellement facile de se mobiliser en Suisse, alors que d’autres, ailleurs, risquent leur vie pour défendre leurs droits… » Et les motifs d’indignation ne manquent pas : « Des déserteurs érythréens qui n’auront plus droit d’asile en Suisse, ça m’indigne ! L’exploitation de la peur par des partis populistes qui opposent droits fondamentaux et droits populaires, ça m’indigne !»

Si Manon Schick reste consternée par le résultat du vote sur les minarets – « Ce vote a ébranlé quelque chose dans notre pays. Il a donné une forme de légitimité à l’islamophobie » – elle se félicite de l’adoption, le 2 avril dernier à l’ONU, du premier traité international sur le commerce des armes. Le lobbying d’Amnesty International auprès des autorités suisses n’y est sans doute pas étranger. « Il y a vingt ans, ça aurait été impossible, on nous disait que c’était une utopie… Et bien, le travail d’Amnesty, c’est ça : disposer le terreau pour que l’utopie puisse pousser ! » Et du terreau, il en faudra encore pour voir germer les fruits des combats d’Amnesty. La section suisse s’engage contre le durcissement de la loi sur l’asile, sur lequel le peuple votera le 9 juin. Un combat que l’on dit perdu d’avance, mais qu’importe. « Quel que soit le résultat, nous continuerons à faire évoluer les mentalités, à multiplier les actions locales pour mettre en contact requérants et habitants. La conscientisation est un travail de fourmi. » L’espoir reste permis : Amnesty a de bonnes ouvrières et une sacrée reine de la fourmilière. […]

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