Mais qui sont les évangéliques ?

Mais qui sont les évangéliques ?

Comment se passe un culte évangélique ? Et la vie communautaire ? Reportage au Cèdre, qui fait partie de l’Eglise évangélique du réveil (EER) à Nyon, et éclairage grâce à une étude universitaire.

Un contenu proposé par La Vie Protestante

Publié le 20 février 2013

Auteur : Dominique Hartmann

Zone industrielle de Dullier, un beau dimanche d’hiver. A l’extérieur, les fidèles se saluent et s’embrassent. A l’intérieur, on s’active à la sono : le culte sera retransmis sur Max TV. Le Cèdre fait partie de l’Église évangélique du réveil de Nyon, l’une des communautés dont Le Phénomène évangélique** analyse le succès. Car à l’heure où les rangs protestants et catholiques se dispersent, ces églises-là se portent bien.

Pour les auteurs de l’ouvrage paru en décembre dernier, et portant principalement sur le canton de Vaud, ce milieu socioreligieux serait particulièrement compétitif. Ils sont deux cent mille en Suisse, où leur nombre aurait triplé en 30 ans.

Le culte débute, ma voisine m’accueille avec un sourire. D’autres personnes se retournent pour me saluer. Tous les âges sont représentés dans l’assemblée – « le caractère intergénérationnel d’une Eglise est un signe de vitalité », estimera l’un des paroissiens. Après la musique – de qualité –, le culte s’enchaîne jusqu’au prêche. L’un des deux pasteurs l’ouvre par un témoignage un peu décousu, le second assoit le contenu théologique. A la fin, les multiples activités proposées par l’Église charismatique du Cèdre sont énumérées.

Une sociabilité remarquable

Le phénomène évangélique le souligne, l’un des facteurs clés du succès évangélique réside dans la socialisation propre au milieu. Outre sa capacité à maintenir une identité forte, protégée des influences contemporaines, celui-ci propose aussi de multiples activités adaptées à ses membres (groupes de jeunes, d’aînés, pour les jeunes mamans, les célibataires, etc.). Mais ces communautés soudées flirtent avec un certain contrôle social. « Il y a un danger à ce que nous nous mêlions de ce qui ne nous regarde pas, acquiesce Jean- François Bussy, le pasteur qui a assuré la partie théologique. Notre tâche est de dire l’Évangile ; mais le Christ ne s’impose jamais ; la réponse de chacun reste individuelle. » Il cite de mémoire Saint-Augustin : « Dans les choses essentielles, unité. Dans les choses secondaires, diversité. En toutes choses, charité. » L’un des paroissiens, qui est notamment passé par la communauté darbyste, apprécie particulièrement l’ouverture et la liberté qu’il éprouve au Cèdre : « Quand j’ai un point de vue divergent sur une interprétation biblique, note Daniel Chabloz, je ne me sens pas jugé pour autant. »

Les mouvements marginaux intégristes

Le Phénomène évangélique souligne en revanche que, lors d’une désaffiliation, les membres coupent généralement tout contact avec leur ancienne Église. Ceux-ci expliquent par exemple avoir éprouvé trop de pression dans l’application du mode de vie jugé idéal (par exemple trouver un partenaire chrétien ou éviter certains comportements).

Par rapport à un mouvement comme “The Call” (L’Appel), dont certains orateurs discriminentl’islam et l’homosexualité, Jean-François Bussy reconnaît aussi que l’évangélisme pâtit de mouvements marginaux intégristes : « Tout intégrisme est dangereux, et le doute un levier extraordinaire. » En matière d’homosexualité, il insiste sur le respect dû, au nom de Dieu, à chacun. Il reconnaît toutefois qu’une personne homosexuelle ne sera pas « propulsée responsable d’Église ».

Conservateurs, charismatiques ou classiques

Les évangéliques ne forment pas un bloc – la votation antiminaret l’avait déjà montré. Le Phénomène évangélique classe la mouvance en trois sous-milieux : les « conservateurs » (10,7% des évangéliques), qui développent une vision apocalyptique du monde et une forte croyance dans l’infaillibilité de la Bible ; les « charismatiques » (32,5%), pour qui l’expérience émotionnelle de la présence du Saint-Esprit est capitale; et les « classiques » (56,8%), plus ouverts à d’autres types de lecture de la Bible. Ce qui distinguerait finalement ces sous-milieux est leur rapport à la société (plus ouvert chez les classiques que dans les deux autres groupes), comme leur degré d’adhésion à la ferveur charismatique.

La dimension émotionnelle

La dimension émotionnelle de la foi évangélique suscite régulièrement des réserves, notamment pour la possible manipulation qu’elle implique. « Une histoire d’amour sans émotion n’en est pas une, objecte Jean-François Bussy. Et c’est peut-être parce que certaines Eglises ont vidé l’Evangile de son émotion que les gens les désertent. » Reste qu’entre musique et émotions, les pasteurs manipulent une matière explosive : « C’est vrai. Et c’est pour cela que l’autorité ne s’exerce pas seul.» Au Cèdre, l’assemblée est consultée régulièrement, le pouvoir réparti entre un conseil d’administration et un conseil d’anciens de cinq personnes, dont une femme. Qui prêche. Dans ce domaine, l’évangélisme est à la peine.

Alors que 68,5% des charismatiques sont d’accord avec l’idée que les femmes doivent pouvoir prêcher, seules 8,6% de leurs communautés comportent une femme pasteur, rapporte Le Phénomène évangélique. Chez les conservateurs, 4,5% seulement sont d’accord avec l’idée – nulle part concrétisée.

*Le Courrier.
**Le Phénomène évangélique, analyse d’un milieu compétitif, par Jörg Stolz, Olivier Favre, Caroline Gachet, Emmanuelle Buchard. Labor et Fides, 2012.

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